Transformation numérique de la formation et de l’éducation (2ème partie)

Rédigé par Michel Billières le

Nous poursuivons notre présentation de la transformation numérique globale s’opérant dans la société depuis plusieurs années. Nous avons précédemment évoqué les profondes mutations que la digitalisation de la formation avait provoqué dans les entreprises. Dans cet article, nous nous intéressons plus précisément aux bouleversements que traverse le monde de l’éducation.

Le développement de l’enseignement numérique

 
Il est effectif à partir de 2013. Plusieurs articles du Blog regroupés dans la catégorie « numérique » sont consacrés à diverses facettes de sa mise en place. 
La loi sur la refondation de l'école du 08:08:2013
La loi sur la refondation de l'école du 08:08:2013

Pour paraphraser l’actuelle politique du ministère de l’Education nationale, « les innovations numériques sont au service de l’efficacité pédagogique ». Vous trouverez toutes les indications dans ce document officiel.

L’intérêt de l’institution pour des enseignements « innovants »

Il s’agit notamment de la e-éducation adoptée par les grandes entreprises dès les tous débuts du XXIème siècle. Le monde éducatif s’en empare plus tardivement. Ce qui est communément désigné par e-learning peut prendre différentes formes comme montré par la figure suivante: 

Les différentes formes de e-learning

✔︎ La « révolution Mooc »

 

Parmi les formes de e-learning, les Moocs connaissent un succès considérable. Les 1ers apparaissent aux USA en 2008. En France, 2012 est déclarée « l’année des Moocs ». En 2013, sont créées deux institutions destinées à promouvoir des ressources numériques pédagogiques francophones. Comme déjà indiqué dans d’autres articles, la France veut rattraper son retard dans le numérique éducatif par rapport à d’autres pays européens.

« L’excellence de l’enseignement supérieur
pour des cours en ligne gratuits et ouverts à tous »

« UOH, Université Numérique Thématique, libre accès à des contenus pédagogiques validés
scientifiquement, pédagogiquement et techniquement

FUN (France Université Numérique) est la plateforme de diffusion des moocs francophones qui sont mis en ligne une ou deux fois par an. Entre deux sessions, un mooc est « fermé » et inaccessible sauf aux personnes s’y étant inscrites. L’UOH (Université Ouverte des Humanités) met à disposition des ressources pédagogiques dans le domaine des Sciences humaines et Sociales. Tout le monde y a accès. Des gens peuvent ainsi apprendre plein de choses sur des thèmes qu’ils ne connaissent pas ou peu, les profs peuvent y avoir recours afin de compléter un cours.

Au début, l’engouement pour ces cours massifs gratuits est fort, à tel point que certains n’hésitent pas à parler de « révolution mooc ». Les formes que ces cours en ligne peuvent prendre se diversifient rapidement. Certaines institutions telles que des banques, compagnies d’assurances ou autres opérateurs téléphoniques créent leur propre mooc. Question d’image et de standing. Certaines formations sont destinées aux collaborateurs, d’autres aux clients. Qui sont censés se sentir plus proches de l’entreprise car chouchoutés.

Ce que MOOC signifie
Les différentes formes de Moocs à partir de 2014-15

Les moocs ont fait (et font) couler beaucoup d’encre, entre zélateurs vantant la démocratisation du savoir grâce aux « facilités » induites par les TICE et contempteurs les vouant aux gémonies car au service des GAFA, des gouvernements qui ainsi bradent l’éducation qu’ils cèdent au privé, etc.

✔︎ L’enseignement mixte (hybride)

Il apparaît à partir de 2009. Une partie de la formation se déroule en présentiel, l’autre à distance. Ce modèle de Blended Learning est largement plébiscité car plus souple, plus humain, plus adaptable aux besoins ds formés. Il est largement utilisé dans les entreprises ainsi que dans certaines filières de l’Education nationale

La formation hybride

✔︎ L’Adaptative learning

Encore une innovation/mode (?) en provenance des Etats-Unis. Une bonne définition de cette expression traduite en français par Présentiel enrichi ou encore Apprentissage adaptatif est proposée dans cet article: « Adaptive learning ou « apprentissage adaptatif » est la combinaison de la technologie et de la pédagogie pour répondre à certains défis aux quels fait face le monde de l’éducation : Comment faire réussir de plus en plus d’élèves et d’étudiants tout en minimisant le coût de leur enseignement ? Comment personnaliser l’apprentissage à grande échelle ? »
 L’Apprentissage adaptatif est apparu vers 2016. Il semblerait être la nouvelle recette miracle face aux profs ennuyeux, aux livre si difficiles à lire, aux modules e-learning peu engageants et aux moocs que l’on ne suit pas jusqu’au bout. Car il est fondé sur l’expérience utilisateur, un programme entièrement personnalisable reposant sur 4 axes comme indiqué dans cet article:
  • que l’apprenant soit sollicité au bon rythme (c’est la question de la fréquence)
  • que l’apprenant soit sollicité brièvement (c’est la question de la durée)
  • que l’apprenant soit sollicité de manière ciblée (c’est l’objet de l’intelligence artificielle)
  • que l’apprenant soit sollicité de manière plaisante (c’est l’objet de la ludification ou de la gamification).

L’Apprentissage adaptatif repose une personnification maximale de l’apprentissage en utilisant des algorithmes d’Intelligence Artificielle sollicitant de fait les Big Data. Il s’appuie également sur les avancées en neuropédagogie au carrefour de trois disciplines:

  • les neurosciences s’intéressant à la biologie du cerveau;
  • la psychologie -cognitive, développementale, de l’apprentissage-;
  • la pédagogie.
L’Adaptative Learning s’appuie et se sert sans vergogne de toutes nos informations personnelles et a droit de regard sur nos stratégies d’apprentissage qu’il a la prétention de modifier. Notamment en proposant un enseignement dynamique et ludique donnant envie d’apprendre. Et Big Brother dans tout cela? Il y a de quoi être inquiet quand on ne sait pas ce qu’il advient de nos données et à quelles fins elle sont utilisées.
 
Et justement, dans ce contexte, est créé…
 

✔︎ Le Conseil scientifique de l’Éducation

En janvier 2018, le ministre de l’Éducation nationale a mis en place le Conseil scientifique de l’éducation (cf. ici). Sa mission est de rénover les méthodes éducatives en s’appuyant sur les neurosciences.

Les fonctions générales assignées au Conseil sont:

  •  éclairer la décision politique sur les grands enjeux éducatifs ;
  • alimenter, en complémentarité du Conseil national d’évaluation du système scolaire (CNESCO) et des inspections générales, la réflexion pédagogique, dans une approche interdisciplinaire ;
  • faire des recommandations pour aider les professeurs à mieux saisir les mécanismes d’apprentissage des élèves.

Les cinq axes particuliers de ce Conseil sont:

  • l’évaluation et l’intervention,
  • la formation et les ressources pédagogiques,
  • la pédagogie,
  • réduire les inégalités,
  • choisir des stratégies d’apprentissage adaptées aux enfants.

Cette initiative a naturellement donné lieu à polémique (voir ici et ) D’autant plus que la composition de cette instance est largement dominée par des spécialistes des sciences cognitives. 

L’enseignement numérique et l’émiettement des contenus.

✔︎ La montée en puissance du microlearning

 
 

Elle s’observe depuis quelques années. Le terme utilisé au Canada pour ce format est micro-cours. Pour définir ce terme, j’emprunte la définition à cet article de Solunea: « Le microlearning est un mode de formation à distance, souvent en ligne, de courte durée. Les modules de formation durent de 30 secondes à 5 minutes et utilisent des techniques très ludiques telles que des vidéos, du texte, des images et du son. Le microlearning se caractérise par des interactions avec du micro contenu dans des structures d’apprentissage en ligne, mais aussi par sa facilité d’accès ».

L’avènement du microlearning est favorisé par la pression exercée autour de deux tendances:

  • mobile learning ou apprentissage mobile se déroulant à partir d’un terminal nomade: téléphone intelligent, tablette, phablette… Le mobile learning est différent du e learning comme montré dans cette infographie
  • BYOD Bring Your Own Device l’acronyme canadien correspondant étant AVAN Apportez votre Appareil Numérique. Consultez ce dossier très complet sur l’AVAN maintenant.

Le microlearning est fondé sur la conception et la diffusion de ce que les Québécois appellent des capsules vidéo. Vous en trouverez une bonne présentation dans cet article de MédiaFICHES. Ainsi qu’un exemple sur leur méthodologie de réalisation, applications pédagogiques et outils proposé par Jérôme Blanstier dans cette vidéo en provenance de cet article:

✔︎ Les différentes formes de capsules vidéo

  • diaporamas commentés;
  • animations style dessins animés;
  • tutoriels vidéo avec divers outils (et possibilité d’incrustation à l’écran du visage du formateur);
  • conférences enregistrées (et découpées en chapitres, plus faciles à traiter et manier qu’un document unique et trop long);
  • cours en ligne avec intervenant filmé et images incrustées apparaissant par moments;
  • autre…

Comme indiqué dans cet article de Thot à consulter absolument, le microlearning repose sur 4 principes:

  • tous les apprenants sont mobiles, connectés en permanence, et l’usage du mobile dépasse désormais celui des ordinateurs;
  • la formation « à la demande » est de plus en plus recherchée;
  • la vidéo est le format le plus attractif actuellement;
  • le microlearning constitue une forme complémentaire à d’autres formules de formation.

Le microlearning est censé présenter des avantages

☞ Pour le formateur:

  • un module (ou séquence) est centré sur la présentation d’un seul concept. Son contenu doit être complet et précis – et si possible ludique et interactif;
  • les modules peuvent être connectés ou indépendants;
  • leur coût de réalisation est peu élevé;
  • outils simples pour réaliser un module;
  • peut être consulté de n’importe où à n’importe quel moment;
  • évaluation de la connaissance acquise simple;
  • si le contenu d’un module est mal compris, possibilité de corriger rapidement le tir – rapidité des mises à jour;
  • grande souplesse d’emploi: un module peut être utilisé seul, en complément d’une formation en présentiel comme à distance;

☞ Pour la personne utilisant la ressource:

  • s’adresse à toutes les générations: lycéens, étudiants, salariés, seniors. Chacun peut y trouver son compte;
  • possibilité de la consulter de n’importe où et à n’importe quel moment. Autonomie garantie;
  • pas la peine de s’asseoir derrière un ordinateur; n’importe quel terminal mobile fait l’affaire;
  • grande flexibilité; chacun avance à son rythme;
  • permet de réviser un sujet donné précis ou acquérir une connaissance nouvelle rapidement;
  • autre avantage: les contenus sont généralement attrayants, proposent un quizz, lancent un défi qu’il faut résoudre..
  • plus facile de butiner sur des contenus courts et explicites plutôt que de d’avoir s’engager dans une formation numérique comportant des modules « lourds ».

Le microlearning a des inconvénients

Le format court des vidéos peut donner l’impression de recueillir une information, pas toujours de participer à une formation;

Que retient-on vraiment au terme du visionnement de ces petites séquences? La forme -l’aspect souvent attractif- ne risque-t-elle pas de l’emporter sur le fond? Dit autrement,

ce format, que l’on peut considérer comme un énième effet de mode, ne participe-t-il pas au morcellement et à la dispersion de l’acquisition des connaissances en ce sens qu’il suscite un intérêt le temps de son visionnement mais n’induit aucun apprentissage en profondeur?

Ce format constituant est bien adapté à l’infobésité nous submergeant en permanence. Il peut présenter un effet fugace et volatil parfaitement approprié à la superficialité ainsi qu’au déficit actuel de concentration et de rétention des connaissances observé chez un grand nombre d’élèves par beaucoup  d’enseignants;

Certains sujets complexes ne se prêtent pas à des formats aussi courts;

N’importe (ou presque) qui est capable de fabriquer une capsule vidéo et se s’intituler formateur sur YouTube; 

On ressent parfois le besoin de faire appel à un formateur en chair et en os si on bute sur une question difficile.

A suivre


1 commentaires

Avatar

Carlos · 3 avril 2019 à 15 h 50 min

Très bien!

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