Transformation numérique de la formation et de l’éducation (1ère partie)

Rédigé par Michel Billières le

Depuis quelques années, nous assistons à une transformation radicale, extrêmement rapide et irréversible du monde de la formation et de l’éducation. Cet article en souligne quelques particularités.

 

Rappel du contexte: un monde digitalisé.

C’est celui dans lequel nous vivons depuis quelques années. Plutôt qu’un long exposé, je vous invite à consulter la figure ci-dessous; vous pouvez ainsi constater que pratiquement tous les pans de notre vie, tant professionnelle que personnelle, n’échappent pas à la digitalisation. Survolez le bouton rouge pour accéder au commentaire.

Acquérir de nouvelles compétences.

C’est indispensable dans ce contexte sans cesse changeant. Un certain nombre de compétences clé devront être acquises pour une bonne insertion dans le monde du travail. Un consensus se dégage autour de sept de ces qualités: 1. Collaboration à distance 2. Communication au travers du numérique 3. Agilité et adaptation 4. Créativité et sens de l’innovation 5. Esprit d’initiative et d’entreprise 6. S’organiser efficacement 7. Apprendre à apprendre

Ces compétences sont commentées dans cet article du Blog de la formation professionnelle.

La maîtrise de ces compétences permet de mieux s’orienter dans cet environnement dit VICA: Volatil, Incertain, Complexe, Ambigu.

 

Du E Learning au Digital Learning.

La permanente évolution d’internet s’accompagnant de l’apport constant d’outils technologiques innovants et de plus en plus intuitifs entraine une transformation concomitante de l’univers de la formation et de l’éducation. Plusieurs articles du blog sont d’ailleurs consacrés à l’éducation numérique et à la refondation de l’école entreprises en France depuis 2013. Le tableau ci-dessous extrait de l’une de ces publications donne une vision générale de l’ensemble.

Développement d'internet et de la formation en ligne

Le E-Learning consiste à diffuser de la formation à distance essentiellement au moyen de vidéos.

Dès ses débuts en 2000, il a été massivement employé par les entreprises soucieuses de s’adapter à la révolution internet. Désormais, elles peuvent former leurs collaborateurs non plus en les envoyant effectuer un stage mais en les conservant dans l’entreprise tout en leur fournissant l’accès à une plateforme de formation dédiée. Ce qui représente des coûts moins élevés. Et confère à l’entreprise une image de modernité et de dynamisme.

En 2009, on assiste à l’explosion d’une nouvelle formule de formation appelée Blended learning, en français formation mixte ou encore hybride. Une partie de la formation se déroule en présentiel, l’autre via internet.

En France, le monde de l’éducation intègre l’univers de la FOAD mais est plus lent à adhérer à la formation numérique à distance.

La formation hybride

En 2010, le passage au web 3.0 génère une série de bouleversements conduisant à la digitalisation tous azimuts de la société et à l’instauration du Digital Learning à partir de 2014. Celui-ci cible les générations X (grands consommateurs de courriels, adeptes du partage et de la collaboration) et Y (appelée aussi digital natives, évoluant dans le monde numérique comme des poissons dans l’eau).

Le Digital Learning veut promouvoir une pédagogie par l’action, immersive, personnalisée, ludique, pouvant susciter surprise et émotion chez l’apprenant. Il a pour ambition de donner l’envie d’apprendre. Pour ce faire, le Digital Learning utilise

  • les outils digitaux;
  • les avancées technologiques : Réalité virtuelle, intelligence artificielle, gamification…

Le Digital Learning s’appuie entièrement sur les avancées du numérique. Il englobe le E-Learning.

du E-Learning au Digital Learning

La digitalisation au service de l’apprenance.

Apprenance est un terme relativement nouveau dans le vocabulaire de la formation. Je reprends la présentation du terme tirée de l’excellent blog de C-Campus :« [L’apprenance est] une attitude ou un ensemble de dispositions favorables à l’acte d’apprendre sous toutes ses formes. Et plus généralement, c’est une vision de l’apprentissage qui place l’apprenant au coeur du système. Ses dispositions à apprendre sont déterminantes dans tout apprentissage, bien plus que le talent du formateur ou la qualité de ses moyens pédagogiques. »

 

✔︎ L’apprenance s’inscrit dans les réformes successives de la formation professionnelle menées au pas de charge par l’État.

la loi sur la formation professionnelle et l’entreprise du 5/03/2014 reconnait le principe de la Formation Ouverte et à Distance (FOAD) pour les entreprises.  Elle introduit aussi le principe de la formation professionnelle tout au long de la vie. Les mois suivants, elle contraint les partenaire sociaux à dialoguer et à trouver des compromis dans des conditions souvent difficiles. Mais la formation professionnelle tout au long de la vie change radicalement la donne: « [elle] est un continuum entre la formation initiale, générale ou professionnelle, et l’ensemble des situations où s’acquièrent des compétences. Elle inclut les démarches d’orientation, de bilan, d’accompagnement vers l’emploi, de  formation et de validation des acquis de l’expérience. La formation donc, entre dans une nouvelle ère. Les règles du jeu, tout comme les apprenants, ont changé », comme noté dans cet article de Thinkovery.

la loi Travail dite loi El Khomri publiée en août 2016 précise le contenu du futur Compte personnel d’Activité (CPA), compte personnel rattaché à chaque salarié et qui le suit tout au long de sa vie d’actif et à la retraite. Il permet d’accumuler des droits et de les utiliser à n’importe quel moment. Quelques précisions en cliquant ici.

à partir de novembre 2016 est expérimentée la formation en situation de travail  FEST). La FEST constitue une troisième voie d’accès à la formation à côté du stage et de la FOAD. Marc Dennery observe que la FEST « reconnaît à nouveau le travail comme un environnement d’apprentissage ».  Et il souligne, dans le même article, la complémentarité « naturelle » entre FEST et digitalisation: « Après la transformation digitale, la formation en situation de travail (ou FEST acronyme choisi par la DGEFP), est l’Autre transformation du monde de la formation. Les deux sont liés. Comment développer le digital learning sans un accompagnement « terrain » ? Comment développer la FEST sans des bibliothèques de contenus digitaux fiables et facilement accessibles ? »

Le 01/01/2019 voit le démarrage de l’AFEST le A signifiant Action. Une action de formation se présente comme « un parcours pédagogique qui permet d’atteindre un objectif professionnel ». Toute action de formation doit remplir des objectifs de développement des compétences ou développement de la qualification. Vous trouverez de plus amples renseignements ici et .

En bonus, le lexique de la formation professionnelle : débauche de sigles et autres acronymes mais explications précises.

 

✔︎ Dans le monde de l’enseignement,

un article du blog traite du  Plan numérique pour l’Éducation lancé par le ministère en 2013.

Toutes ces mutations déferlant dans nos vies engagent certains à prôner l’émergence d’une société apprenante « au sein de laquelle chacun a appris à apprendre pour progresser tout au long de sa vie, professionnelle et citoyenne », [ce qui constitue] un vecteur essentiel à notre adaptation vis-à-vis des défis du 21e siècle ».  (cf. cet article).

 

Les initiatives ne manquent pas pour aider les jeunes actifs à maîtriser les outils numériques. Comme par exemple le lancement de la plateforme gratuite Compass.

Compass, c’est le nom de la plateforme pédagogique soutenue et cofinancée par la Commission européenne ayant pour objectif d’aider les jeunes européens à évaluer et à améliorer leurs compétences dans le domaine du numérique afin de s’adapter à la digitalisation de l’économie, et donc aussi à la transformation numérique des entreprises.

La phrase mise en exergue sur la page d’accueil de Compass est évocatrice : « Embarque pour une épopée à la découverte de nouvelles compétences numériques et pose des jalons solides pour ta future carrière ».

A suivre

source imagettes: Openclipart


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Jerome Arfi · 14 mars 2019 à 20 h 42 min

Bonjour

Question : pour qui travaille M. Billiere : pour les Gafas ou pour l’Education nationale ? Pour le service public ou pour le capital ? Pour la macronie ou pour le peuple francais, lequel paie son salaire et ses ordinateurs ?
Le numerique – et non “digital”, enseignement a distance, et non. “e-learning””, pour un enseignant digne de ce nom – est impose a des utilisateurs, enseignants et apprenants, qui en general n’en veulent pas, par les quincaillers requins de la Silicon Valley menes par leurs actionnaires et par l’Etat vendu aux puissances d’argent.
Or, aucune preuve scientifique a ce jour de l’efficacite du numerique dans l’enseignement et la formation, mais de nombreux indices de sa contreproductivite : le numerique, aggravation de la degradation de l’enseignement de masse, les “heritiers” continuant, eux, a beneficier d’une formation elitiste fondee sur l’ecrit, conformement a la tradition de l’Ecole republicaine (cf. R. Balibar & M. Cerquiglini).
En FLE, regression averee – en deca de la methodologie communicative, avancee majeure et definitive -, regression d’ailleurs analysee par M. Billiere lui-meme : le numerique renvoit l’apprenant a lui-meme, dans le miroir de l’ecran – solitude du dressage numerique (“inculcation”, Bourdieu).
Mais M. Billiere et ses collegues font la promotion commerciale d’un gagne-pain, leur petite part taillee a grand-peine dans le gateau universitaire qui se reduit d’annee en annee. Il faut bien manger.
Enseignants et formateurs appeles a choisir leur camp : resistants ou collabos ?
Salutations
J.A.

    Michel Billières

    Michel Billières · 15 mars 2019 à 10 h 04 min

    Oh, un troll.Je publie, je ne peux pas garder pour moi un commentaire qui confine au génie.

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Jerome Arfi · 14 mars 2019 à 20 h 58 min

Addendum : ne pourriez-vous pas, M. Billiere, en tant que membre eminent de l’Universite francaise, dont la langue reste – pour l’instant – le francais, rediger vos billets en francais et non dans l’anglais approximatif des institutions europeennes ?
“Blended learning”, “e-learning” et ce monstre revelateur du renoncement, “gamification”.
Triste de constater la corruption des signifiants, quand on sait que ceder sur les mots, c’est abdiquer moralement, intellectuellement et politiquement.
Sans surprise, votre compte-rendu sans distance critique de la loi El Khomri revele votre adhesion sans reserve a la doxa.
Votre billet indique par ailleurs un enthousiasme conformiste vis a vis des modes du moment, comme l’ardente obligation faite aux enseignants de faire jouer les apprenants, comme si on avait jamais prouve que le jeu avait des vertus didactiques et pedagogiques.
Suivisme consternant de la part d’ununiversitaire dont la mission, confiee par la nation dans la tradition republicaine francaise, est d’exercer son esprit critique.
Pas de diffuser le discours dominant – celui du marche.

    Michel Billières

    Michel Billières · 15 mars 2019 à 10 h 06 min

    Vous vous faites du mal pour rien. Surtout, n’oubliez pas de prendre vos gouttes.

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      J. A. · 15 mars 2019 à 17 h 58 min

      Sans surprise : on peut s’autoproclamer “moderne” et faire preuve du conformisme le plus ringard – refus obstine de toute contradiction a grand renfort d’un signifiant deja use jusqu’a la corde, sans signifie identifiable.
      Pas d’accord avec moi ? “Troll !” (Dans le passe, “vipere lubrique” et, ou “stalinien”.)
      Rien de nouveau, donc – pensee unique, intolerance, totalitarisme.
      Mais avec un minimum de courage intellectuel, celui qu’on est en droit d’attendre d’un universitaire francais digne de ce nom et de ses grands predecesseurs (Bourdieu, entre autres, mais ce n’est pas la meme cour, pas la meme ‘league’), vous auriez percu, Monsieur Billieres, que mes remarques cherchaient seulement a exprimer une interrogation existentielle – une exigence democratique :
      nous, enseignants et formateurs formes par l’universite francaise, sommes-nous prets a devenir les serviteurs des machines dans les futures usines de la formation qui sont programmees par les Gafas avec le soutien des Etats demissionnaires derriere l’ecran de fumee de la “numerisation” (et non digitalisation, quand on enseigne le francais en francais) ?
      Sachez, pour en finir definitivement avec votre blogue tristement conformiste, que contrairement a ce que vous vous imaginez sans doute, j’ai fait partie des inventeurs du multimedia en France bien avant que le mot soit cree, a une epoque ou vous n’aviez probablement pas la moindre idee de ce qui se tramait (vous n’etiez peut-etre meme pas ne). Par la suite, j’ai ete l’un des observateurs les moins mal informes en France sur les techniques de l’information et de la communication.
      A cette experience s’ajoute celle, reussie, de formateur d’adultes d’horizons tres divers.
      Experiences qui m’autorisent a pretendre que je sais un peu de quoi je parle, vu que depuis 40 ans (et plus), c’est le meme discours increvable par lequel les commercants et leurs portevoies cherchent a nous fourguer leur camelote. Le bonheur par l’electronique, c’est toujours pour demain. Variante : “Il faut vivre avec son temps”, argument d’autorite – autorite de la betise, logique du tiers exclu, mensonge institutionnel.
      Echange d’ailleurs risible, M. Billieres : ce blogue est desert, tout le monde s’en f… !
      Salutations.

        Michel Billières

        Michel Billières · 16 mars 2019 à 13 h 17 min

        JA, vous concluez votre propos par: « M. Billieres : ce blogue est desert, tout le monde s’en f… ! » (tiens, au fait vous n’avez pas d’accent).
        JA, je vous trouve injuste et un tantinet partial. Ce blogue n’est pas désert, vous êtes là. Et vous êtes immense, JA, stratosphérique.

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Ojuowo Clement Isola · 15 mars 2019 à 11 h 47 min

Moi je salue le courage de M. Billieres.Je veux pas le juge.

    Michel Billières

    Michel Billières · 15 mars 2019 à 19 h 09 min

    C’est sympathique, je vous remercie. J’ai déjà consacré quelques articles au monde éducatif sur le sujet de l’éducation numérique. Ici, mon propos est de montrer le poids du monde de la formation dans ce domaine. Histoire d’avoir des points de repère dans cet univers complexe et changeant.C’est important pour les enseignants comme pour les formateurs.D’autant plus que ça va très vite et qu’une mode chasse l’autre. L’éducation a besoin de temps, or nous sommes dans le monde de l’éphémère et du superficiel.

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