• Méthode verbo tonale : principes généraux de correction

    Dans cette page, nous allons passer en revue certains principes qui s’appliquent à toutes les situations où un professeur de langue intervient sur des productions phonétiques incorrectes de ses apprenants en utilisant la méthode verbo tonale d’intégration phonétique (MVT).

    Les techniques spécifiques de correction des voyelles, consonnes, rythme et intonation sont traitées en détails dans les autres pages dédiées à la MVT.

    Ce qu’est la matière phonique d’une langue.

    La matière phonique d’une langue comprend deux niveaux intercorrélés  tels que dégagés, analysés et décrits par l’analyse linguistique et phonétique:

    • le niveau suprasegmental correspondant à la prosodie qui fédère tous les phénomènes ressortissant du rythme et de l’intonation
    • le niveau segmental comprenant les sons: voyelles et (semi)consonnes.

    Ces deux niveaux composant la matière sonore de la langue entretiennent des relations naturelles et réciproques. Le professeur pratiquant la MVT en tient systématiquement compte dans ses interventions.

    la matière phonique se compose de la prosodie -rythme et intonaiton- et des segments -voyelles et consonnes-.

    La matière phonique de la langue

    Ce qu’implique l’acte de correction phonétique.

    Le professeur a diagnostiqué une erreur et s’apprête à la corriger. Il doit avoir présent à l’esprit qu’il intervient simultanément à plusieurs niveaux:

    • la corporéisation de la parole. La parole c’est du mouvement, c’est un phénomène dynamique sollicitant l’ensemble du corps -et non pas uniquement la zone restreinte des organes dits de la phonation-
    • le geste facilitateur. L’enseignant y a recours, tant pour installer un rythme ou un mouvement intonatif que pour aider à mieux produire certains sons. Il doit donc être capable de contrôler ses gestes et ses postures qui sont au service de l’acte de correction phonétique
    • la prosodie prioritaire. Le praticien  agissant sur une voyelle ou une consonne doit toujours se demander la place occupée par ce segment à l’intérieur d’un mouvement  rythmico-intonatif qu’il emploie de façon optimale pour aider à la bonne reconnaissance du son considéré.
    méthode verbo tonale, corps et phonation

    méthode verbo tonale, corps et phonation

    Le diagnostic en verbo tonale.

    Un apprenant rencontrant des problèmes en phonétique de la L2 commet souvent plusieurs erreurs simultanées. Celles-ci peuvent impliquer les deux niveaux de la matière phonique. Le professeur doit corriger en temps réel. D’où quelques questions angoissantes:

    • Comment le professeur doit-il réagir pour corriger?
    • Que doit-il privilégier?
    • Existe-t-il des priorités?
    • Quel(s) procédé(s) doit-il employer?

    La première chose à faire est de poser le diagnostic. Tant que ceci n’est pas fait, l’enseignant est susceptible de faire tout et n’importe quoi. Au contraire, le professeur ayant identifié la cause d’une production erronée applique les procédés correctifs correspondants. L’intérêt de la méthode verbo tonale est de proposer une gamme de procédés adaptés pour la correction d’une erreur donnée.

    Une erreur prosodique est à corriger en priorité. Par exemple, l’apprenant déplace un accent sur une autre syllabe; ou encore il allonge intempestivement la durée d’une syllabe. Il s’agit dans les deux cas d’un problème de rythme qu’il convient de rétablir. De même, si une intonation incongrue est produite, le professeur doit intervenir et rétablir le mouvement intonatif adéquat.

    Plusieurs erreurs segmentales sont réalisées. L’enseignant corrige d’abord celles qui portent sur la confusion entre phonèmes. Par exemple, si l’élève prononce [i] au lieu de [y] ou bien [s] à la place de [z]. En effet, il faut

    • installer à terme tous les phonèmes de la langue cible, ce qui implique un travail constant d’identification/construction
    • éviter toute erreur de compréhension, ce qui est toujours susceptible de se produire quand deux phonèmes ne sont pas reconnus.

    Le professeur peut choisir de ne pas intervenir sur certains sons qui sont réalisés à peu près correctement mais que l’oreille française perçoit comme « étrangers »: c’est le cas de [d] et [t] par les germanophones ou [p] par les anglophones, réalisés trop « aspirés » – diagnostiqués « trop tendus » en MVT-. Ecrit autrement, la cible articulatoire est atteinte mais mal réalisée. Le professeur peut décider de temporairement laisser passer: l’erreur est phonétique, non phonémique, elle ne risque pas de provoquer une erreur de compréhension. Bien sûr, si l’enseignant travaille spécifiquement sur ces problèmes avec ses élèves, il intervient pour corriger ces sons trop tendus.

    Certains élèves produisent des sons paroliers « douteux ». Il est difficile de les diagnostiquer, on a souvent l’impression qu’ils sont à mi-chemin entre deux sons « acceptables » en français. Par exemple un [y] qui fait hésiter car il semblerait être assez proche de [u]… Il ne faut pas que les élèves prennent ce genre d’habitude et le professeur ne doit pas laisser passer ces productions équivoques qui s’apparentent à des stratégies d’évitement.

    Axe clair/sombre et axe de la tension.

    Nous abordons un point de terminologie verbo tonale appliqué à la correction des voyelles et des consonnes.

    Formellement, tout son peut être défini simultanément en termes de

    • tonalité. Quand ce sont les fréquences  graves qui sont privilégiées dans son spectre acoustique, il est qualifié de sombre. Il est dit clair quand ce sont les fréquences aiguës qui prédominent. Les termes « clair » et « sombre » sont subjectifs car, selon les individus, un son peut être perçu plus ou moins clair ou plus ou moins sombre.   Ce terme relève de la phonétique perceptuelle.
    • tension. C’est la force, l’énergie articulatoire dépensée pour produite tout son de parole. Ce terme appartient à la phonétique physiologique.

    Pratiquement, une erreur de prononciation est due soit

    • à une mauvaise appréciation de la tonalité
    • ou à une mauvaise appréciation de la tension

    Donc, le diagnostic s’effectue en considérant  prioritairement l’un des deux axes:

    • l’axe clair/sombre. Le son est dit trop clair , noté C+; Il peut être diagnostiqué trop sombre noté C-
    • l’axe de la tension. Le son est trop tendu (hypertendu), noté T+; Il peut aussi être qualifié d’hypotendu (pas assez tendu), noté T-

    Une fois le diagnostic posé, il est possible de corriger la voyelle ou la consonne posant problème en ayant recours à plusieurs procédés de remédiation qui peuvent

    • s’employer seuls (un seul procédé à la fois)
    • se combiner entre eux

    Ces procédés sont exposés dans les autres pages consacrées à la MVT.

     

    L’efficacité de l’enseignant à chaque intervention:

    Lors de toute remédiation , il faut...

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