La norme phonétique en français

Existe-t-il une norme phonétique en français? Un modèle de référence utile, entre autres, pour les enseignants de français, celui qu’il conviendrait sinon d’installer du moins de donner comme exemple aux apprenants? Serait-ce celui qui est proposé dans les enregistrements de méthodes? Comment se situent les professeurs de fle et de flm: le reconnaissent-ils comme un modèle (sur la base de quels éléments), s’y identifient-ils, en sont-ils dépositaires et si non?.. Le sujet est à risques. Et laisse très rarement indifférent. Il peut rapidement provoquer embarras, irritation, gêne, condescendance, ironie…

Cet article traite des différents modèles de référence du phonétisme français durant le XXème siècle. Avec l’émergence, en ce début de 3ème millénaire, d’un nouvel étalon phonétique… de quoi désarçonner les puristes réfractaires à tout changement. Lequel est inéluctable. La norme phonétique ne peut être gouvernée et corsetée par des règles, contrairement à l’écrit. Elle évolue. Les usagers n’y sont pas forcément sensibles. Ces modifications interviennent dans le temps; et les gens sont plus préoccupés par le fond que la forme. Les phonéticiens et les phonologues sont constamment à l’affût. Ils sont en mesure de décrire toujours plus précisément ces transformations dues à de multiples facteurs.

L’évolution de la norme phonétique.

Qu’est-ce que la norme?

Une norme est un système d’instructions définissant les formes à choisir pour modèles et celles dont l’usage est prohibé.

Une norme est prestigieuse. En appliquer les règles fait de vous un être cultivé, ne pas s’y conformer peut vous attirer les foudres de quelque censeur comme de quelque fâcheux.

Une norme est également quelque chose de rare. Seule une minorité s’en trouve être dépositaire. Car si la norme venait à se répandre, son rayonnement en pâtirait. D’où une définition musclée: la norme, c’est l’ensemble des règles imposées par la classe sociale au pouvoir au cours de l’évolution historique d’une société (1).

La norme est plus une attitude qu’une réalité linguistique: pendant longtemps, les phonéticiens français ont opposé le français cultivé -normatif- aux français de terroir -péjoratif- (cf. infra).

Mais elle présente un intérêt évident pour le professeur comme pour l’apprenant. La norme est un phare, un point de référence. Elle fonctionne comme un garde-fou. En ce sens elle est rassurante, même si elle est inaccessible…

En quoi consiste la norme phonétique du français? Quelles sont ses caractéristiques? La réponse est loin d’être évidente. Si vous consultez des manuels de phonétique corrective du fle et, plus largement, de phonétique générale

  • la question de la norme n’est pas abordée par la majorité d’entre eux;
  • ou alors elle est définie en deux mots dans la préface comme si cela allait de soi. Mais d’un ouvrage à l’autre, les termes diffèrent. Vous pouvez trouver le français de la région de Tours, celui parlé à Paris; on évoque également le français standard ou encore standardisé;
  • les définitions se recouvrent, se chevauchent, se télescopent. Les confusions sont fréquentes entre français parisien et français standard, le français tourangeau s’invite parfois, à moins que l’on évoque le français normé, neutralisé, ou encore commun

Les modèles de référence successifs.

Le tableau suivant en fournit une présentation synoptique.

la norme en phonétique, les différents modèles

Modèles successifs de la norme phonétique en français

 Au fait, et le français de Tours?

Il n’est pas mentionné ci-dessus. De temps à autre, il est évoqué dans tel article ou traité de phonétique et proposé comme modèle de la « bonne » prononciation du français. De nombreux étudiants étrangers le citent quant on leur demande quelle est la prononciation qu’il convient d’imiter. Il est mentionné dans plusieurs manuels de phonétique française édités à l’étranger.

En fait, le français tourangeau était cité comme modèle à l’époque où les rois de France chassaient dans la région avant de faire construire les châteaux de la Loire dans lesquels ils s’établissaient à la belle saison. Le modèle tourangeau est celui de la Cour. Une norme a la vie dure, une fois installée, il est très difficile de la déloger même si elle est déclarée et reconnue caduque. Et puis on retrouve la question du prestige dans cet engouement persistant après quelques siècles : le parler du roi et des nobles n’est pas celui des manants nonobstant les railleries de Molière.

Le français parisien (cultivé).

Il apparait dès le début du XXème siècle. En 1913, Philippe Martinon écrit: « le français à conseiller à tous est celui de la bonne société parisienne » (2).

Rappelons le contexte de l’époque. Paris est le centre administratif du pays, toutes les décisions importantes s’élaborent dans la capitale, la vie parisienne est source d’envie. La République donne des instructions fermes pour que le français soit la langue officielle parlée par tous. Les instituteurs appliquent ces consignes avec conviction. Il est obligatoire de s’exprimer en français  à l’école même pendant la récréation. Mais les dialectes sont partout très vivants et les patois communément utilisés dans les campagnes. Pendant la Grande Guerre, les régiments sont composés de soldats originaires de la même région. Tous ne parlent pas français mais partagent le même dialecte. Quand ces régiments sont décimés, d’autres sont composés en mélangeant des Français provenant de différents points du territoire. Certains ne se comprennent pas entre eux, et les officiers ont également du mal à se faire entendre quand ils donnent des ordres.

Les Années folles (1920-29) prolongent la Belle Époque interrompue par la guerre. Ce sont des périodes marquées par une vie culturelle intense. Elles voient une formidable expansion du théâtre populaire, le fin du fin consiste à prendre des cours de diction, comme les acteurs, d’où une conception très orthoépique: il n’existe qu’une seule bonne façon de prononcer, tout écart est stigmatisé. Le ton est péremptoire comme en témoignent ces quelques lignes extraites de préfaces rédigées par un éminent phonéticien dont les ouvrages  faisaient autorité. En 1936, Pierre Fouché écrit:

Le français étant originairement la langue de la région parisienne et plus spécialement la langue de Paris, c’est évidemment la prononciation du lieu d’origine qui doit faire autorité. D’ailleurs, il est inutile de discuter, le fait est là : avec le régime de décentralisation que nous vivons depuis des siècles, Paris est reconnu, consciemment ou non, par tous les Français, comme le modèle du  bon ton dans les questions de langage et les autres.

Le même précise en 1959:

La conversation soignée comporte des habitudes de prononciation bien à elle et différentes de celles du parler relevé, du parler familier, ou du parler provincial. Elle se reconnaît à un ensemble de faits phonétiques communs à tous les milieux parisiens cultivés, faits constituant à leur tour une sorte de norme d’après laquelle toute autre prononciation que la sienne est sentie comme déplacée ou comme défectueuse.

 Ce modèle de prononciation du français parisien représenté par la grande ou moyenne bourgeoisie dure pendant plusieurs dizaines d’années. Il fait l’objet d’un consensus. Et illustre pleinement le dicton il n’est de bon bec que de Paris. Il est propagé par des érudits, des philologues et phonéticiens qui sont pratiquement tous originaires de la région parisienne… et qui souvent prennent pour modèle leur propre façon de prononcer quand ils décrivent les faits phonétiques. Mais les choses évoluent. Dans les années suivant la Deuxième Guerre mondiale, les Français deviennent beaucoup plus mobiles. Beaucoup « montent » s’établir à Paris qui devient un creuset où se fondent des personnes originaires de différentes régions. Et l’on assiste au fil des ans à un important brassage des populations et des « accents ». Dans cette diversité socio-culturelle et linguistique, quels sont encore les « vrais » Parisiens et sont-ils toujours détenteurs des traits phonétiques de référence?

De fait, un nouveau modèle émerge au tout début des années 60.

Le français standard.

Il est défini ainsi par Pierre Léon en 1968 (3):

« Il existe une prononciation standard dont le niveau moyen est grosso modo représenté par les annonceurs et les interviewers de la radio […] leur prononciation reflète l’usage moyen, sans recherche (pour plaire au grand public) et sans familiarité (à cause du micro). De toute façon, c’est le modèle proposé à longueur de journée à des millions de Français et c’est celui qui a le plus de chances de triompher un jour ».

 Les mass media sont à l’honneur. Un poste de radio trône à la place d’honneur dans pratiquement chaque foyer. La famille se réunit le soir autour de lui pour écouter les nouvelles et prolonger la veillée avec la TSF. La vente des postes de TV ne cesse de progresser: 400 000 en service en France en 1957, il en a 4 millions en 1963 et 13 millions dix ans plus tard. Les journalistes de radio-TV sont sélectionnés entre autres critères en vertu de la qualité de leur diction et de la clarté de leur prononciation. Ils constituent des modèles qui s’invitent chaque jour à la table des Français. Ils se doivent d’avoir un « accent irréprochable ». L’idée étant que leur façon de prononcer va progressivement influencer un nombre de plus en plus grand de Français qui, par mimétisme, vont finir par imiter ce modèle proposé quotidiennement. Et jouissant du prestige de la capitale car toutes les émissions sont produites à Paris.

 Ce français des médias ne cesse de se diffuser parmi toutes les couches de la population dans l’ensemble du pays. Dans la 3ème édition de son ouvrage indiqué en note 3, P. Léon souligne en 1976:

[…] Le concept de modèle standard envisagé comme l’usage le plus fréquent du parler de plus grand prestige et de plus grande extension continue de vivre et de prospérer. Jamais la standardisation de la prononciation française n’a fait autant de progrès. Toutes les grandes villes de France alignent leur prononciation sur ce même modèle standard et les mass média et les incessants mouvements de population le propagent.

Les choses continent de bouger. Le français standard prend ses quartiers au début des années 60. Au même moment, André Martinet et Henriette Walter lancent la 1ère enquête phonologique d’envergure concernant l’ensemble des régions françaises. Ils sont assistés par des étudiants préparant un doctorat. Ces thésards prolongent une enquête entreprise par Martinet alors qu’il était prisonnier dans un stalag d’officiers. Il avait soumis ces personnes originaires de plusieurs régions à un questionnaire. Comment ces gens prononçaient le « o » dans sol et saule, homme et heaume; la « a » dans mal et mâle, tache et tâche; prononçaient-ils identiquement le « é » final dans poignée et poignet; étaient-ils sensibles à une différence de longueur vocalique pour le « è » de belle et bêle, mettre et maître… Martinet avait ainsi mis en évidence la diversité du français parlé en fonction de l’appartenance géographique des locuteurs. Leurs thèses et les articles que publient ces jeunes gens décrivent l’état du système d’une région donnée. Et mettent en évidence des dissemblances d’une zone à l’autre, plus particulièrement dans le traitement phonologique des voyelles. Les assises scientifiques de ces résultats sont incontestables et attestés par la qualité du questionnaire mis au point, la minutie du protocole de recueil puis de l’exploitation des données.

Martinet et Walter publient en 1973 leur Dictionnaire de la prononciation française dans son usage réel. Il reflète l’état de langue d’un milieu particulier représenté par des « individus cultivés de résidence parisienne ». Cette enquête rigoureuse établit de façon formelle que les sociolectes parisiens font apparaître des prononciations différentes. De plus, un sujet peut prononcer plusieurs fois le même vocable avec des différences phonétiques plus ou moins marquées.

H. Walter publie plusieurs ouvrages établissant que

  • les systèmes phonologiques varient suivant les régions;
  • mais aussi dans une même région en fonction des individus (4).

Ces années 70, riches en enquêtes sociolinguistiques diverses,

  • font apparaître un déclin du prestige de l’accent parisien jugé snob et prétentieux;
  • soulignent le poids de certains facteurs socioculturels sur la prononciation (travaux de A.-M. Houdebine);
  • établissent que les Méridionaux éprouvent davantage de difficultés à intégrer la norme du français standard, contrairement aux personnes résidant dans les anciennes contrées de langue d’Oil;
  • révèlent un processus d’homogénéisation de la façon de prononcer non en fonction de la région d’appartenance mais lié au fait que l’on gravit les degrés de l’échelle sociale. Ce fait est noté par plusieurs phonéticiens et phonologues. Et finit par donner naissance à une nouvelle norme apparaît à la toute fin des années 70.

Le français standardisé.

 Il est défini ainsi dans un ouvrage marquant pour le fle (5)

il semble maintenant qu’il existe dans toutes les régions de France et non plus seulement à Paris, une prononciation commune acceptée partout et qu’on pourrait appeler standardisée. On la définira d’abord linguistiquement par des caractères communs, opposés aux variantes, qui excluent leurs auteurs du FSé et marquent un accent régional.

 Cette prononciation se retrouve dans toutes les grandes villes de France. C’est celle de trentenaires appartenant à des classes sociales ascendantes favorisées. C’est-à-dire de gens qui se sentent bien dans leur peau, satisfaits par leur métier, sachant qu’ils ont des perspectives ouvertes d’avenir, qu’ils vont progresser dans leur carrière, s’élever dans l’échelle sociale, etc… Et l’on observe un nivellement de la prononciation au sein de cette couche sociale indépendamment de la région où résident ces personnes.

Les caractéristiques de ce modèle sont décrites dans l’ouvrage cité et comparées avec celle du français standard. De même, les traits phoniques caractérisant les principaux accents régionaux sont mentionnés en indiquant les différences entre la prononciation normative et celle de la région concernée tant pour ce qui est des sons que des patrons prosodiques caractéristiques.

Le français de référence.

C’est ainsi qu’est nommé un modèle qui s’impose au tout début des années 2000. L’accent dit « parisien » n’est plus le fait de Paris mais tend à se propager dans beaucoup de grandes villes, en tout cas celles situées au nord de la Loire pour employer un cliché. On y observe ce nivellement de la prononciation sans qu’il soit vraiment possible de le rattacher à une classe sociale précise comme c’était encore le cas pour la norme précédente (d’où les points de suspension dans la case).

Les spécialistes analysant cette tendance récente l’attribuent à l’influence des professionnels de la parole publique au premier rang desquels se trouvent les journalistes de télévision. C’est un accent passe-partout. Il n’attire absolument pas l’attention, ne contient aucun trait de prononciation indiquant une quelconque appartenance régionale. En même temps, ce n’est pas un accent « neutre » (la neutralité n’existe pas dans ce domaine): on sent bien que c’est celui-ci qu’il faudrait avoir. Car l’accent est également lié avec l’identification.  Mais il ne provoque ni sentiment d’hostilité -comme ce fut souvent le cas pour l’accent parisien-, de supériorité ou d’infériorité (?).

L’écart se creuse entre les personnes vivant dans la moitié nord du pays et les Méridionaux qui accusent des traits de prononciation déviants par rapport au modèle (cette phrase est terrifiante, elle est à lire au 2ème degré!). Une des raisons est probablement due à l’influence exercée par les dialectes provençaux des pays de langue d’Oc.

L’enquête d’envergure liée au projet PFC Phonologie du Français Contemporain assure une vision beaucoup plus précise des phénomènes observés (6).

Les caractéristiques de ce modèle sont connues, il en est de même pour certains changements phonétiques en cours. J’y reviendrai dans un prochain article.

Quelques remarques à propos de la norme de prononciation.

Une évolution tendant vers un élargissement.

C’est ce que l’on observe dans cette présentation diachronique.

Le français parisien est très restrictif, élitiste et dogmatique. Il est censé émaner de la « bonne société cultivée ». Quelle est-elle? La haute ou moyenne bourgeoisie? Pourquoi d’autre couches sociales sont-elles exclues? En fait, l’aire géographique de la bourgeoisie cultivée est assez restreinte: la rive gauche, les beaux quartiers de l’ouest. Quant au français parisien « populaire » sinon « vulgaire », il est circonscrit aux quartiers pauvres et aux banlieues ouvrières. Il s’agit de l’accent « parigot » immortalisé par plusieurs films des années 40-50.

C’est un modèle normatif absolument intenable à partir du moment où les moyens de communication audio-visuels se déploient dans le pays et que des gens en provenance de plusieurs régions sont appelés à se rencontrer (congés payés, déménagements, etc.).

C’est ce qui se produit après la Deuxième Guerre mondiale. Le français standard devient une norme plus populaire. La majorité de la population devrait pouvoir s’en emparer à terme. Toutefois, il émane encore d’une catégorie socio-professionnelle favorisée. C’est toujours Paris qui repend les sons de bon ton vers la province.

Le français standardisé des années 80 couvre l’ensemble du territoire. Il reste l’apanage de classes sociales moyennes mais privilégiées. Fait nouveau, cette norme

  • n’est plus imposée par la capitale;
  • prend en compte l’aptitude à l’intercompréhension. Ce qui est intéressant, c’est que le modèle met en valeur des prononciations banalisées à travers tout le pays.

Le français de référence constitue la norme actuellement en vigueur. Si tant est qu’il soit possible de dégager une norme de prononciation. Elle s’étend préférentiellement dans les anciens pays de langue d’Oil. Sous l’influence du français parisien… Et il y a toujours des exclus de la norme; là, c’est la partie sud de la France. Oui, mais nous avons la lavande, le Pastis, la pétanque, le soleil, le beau temps, les herbes de Provence, les cigales, le rugby, les poulets du Gers… Toutes choses dont s’empare la publicité… en s’en moquant gentiment… et en privilégiant l’accent provençal. Et de prononcer [gɛʁ] pour Gers, de même [maʁ] pour la lessive Saint-Marc… Les pôv!..

 Bref, quand il est question de norme, élargissement territorial ne signifie pas démocratisation.

Et  n’oublions pas le français est une langue vivante, que les accents régionaux se portant bien et sont toujours bien vivants. Lisez ce bel entretien de P. Boula de Mareüil dans le Monde. Et vous pouvez retrouver des illustrations sonores des prononciations régionales sur ce site.

Quelques limites de la norme.

La situation de communication peut influencer la manière de prononcer d’un individu détenteur de la norme phonétique. La personne adapte son style de parole ou encore son registre de discours aux circonstances de l’échange. Elle peut surveiller sa production dans une situation formelle et produire une sorte de français maximal ; et être plus décontractée dans une situation informelle au cours de laquelle apparaissent des productions phonétiques pouvant être très éloignées des standards décrits. Pour tout individu, il convient de distinguer un style soigné (surveillé) et un style naturel (spontané).

Le niveau social a déjà été mentionné. Un certain nivellement de la prononciation s’observe dans les classes moyennes des grandes villes du pays.

L’âge: le comportement linguistique est susceptible de changer d’une génération à l’autre. Si vous voulez bien y prêter attention, vous ne prononcez pas comme vos parents. Et vos grands parents présentent certainement des traits de prononciation encore différents. De même, les jeunes emploient davantage de traits phoniques novateurs. Certains vous font sourire, d’autres vous irritent peut-être. Certaines incorrections d’aujourd’hui risquent de devenir la norme demain. A moins qu’elles ne disparaissent dans l’oubli, de simples effets de mode.

Le sexe: les femmes sont plus disposées et plus aptes que les hommes à adopter un modèle standard. Ce que les enquêtes d’Anne-Marie Houdebine établissaient dans les années 80 (biblio dans Borrell et Billières, 1989).

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Il reste encore beaucoup de choses à dire. J’ai récemment publié un article sur la multiplicité des accents en français. Peut-on dire de la norme que c’est un » accent » qui a réussi, à l’instar de ce qu’on dit d’une langue: un dialecte qui a réussi?

J’ai également publié un article sur les voyelles et un autre sur les consonnes. Ils décrivent l’état du système correspondant au français standardisé. La raison en est simple. On est souvent en retard d’une norme. Les choses évoluent assez rapidement, des enquêtes sont réalisées, des changements phonétiques sont repérés, parfois des comportements novateurs. Il faut un certain temps pour que la communauté scientifique collecte et analyse les données et en approuve ces résultats.

Un article sera consacré à la situation actuelle du phonétisme français et aux phénomènes nouveaux acuellement observés.

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Notes bibliographiques;

(1) Définition empruntée il y a fort longtemps de cela à une phonéticienne soviétique, je pense qu’il s’agit de L.A. Verbickaja, je me suis toujours souvenu de cette phrase mais n’ai pas conservé la référence. Cette définition est vraie car la norme est aussi une affaire de classe.

(2) Je ne vais pas vous imposer une bibliographie interminable, les références de cette section se trouvent dans: Borrell, A., & Billières, M. (1989). L’évolution de la norme phonétique en français contemporain. La Linguistique, 25, fasc. 2, 45-62. Vous y trouverez une discussion plus approfondie de certains points évoqués ici. Vous pouvez compléter par: Billières, M., & Borrell, A. (1990). Quelques problèmes soulevés par les différentes variétés d’accent dans les méthodes de FLE. Revue de Phonétique Appliquée (94), 17-40.

(3) P. Léon Aspects phonostylistiques des niveaux de langue FDM juin 1968, n°57, p. 68-72. Léon décrit minutieusement les caractéristiques de ce nouveau modèle dans son ouvrage Prononciation du français standard Paris, Didier, 1966 (1ère éd.).

(4) Cf. notamment H. Walter (1982) Enquête phonologique et variétés régionales du français Paris, PUF. On peut aussi se référer à H. Walter La dynamique des phonèmes dans le lexique français contemporain Paris, France Expansion, 1976.

(5) Carton, F.; Rossi, M.; Autesserre, D.; Léon, P. (1983) Les accents des Français Paris, Hachette (1 cassette d’accompagnement). Livre majeur décrivant le système sonore du français standardisé ainsi que des principaux accents régionaux en indiquant les différences entre la prononciation normative et celle de la région concernée tant pour ce qui est des sons que des patrons prosodiques caractéristiques.

(6) Delais-Roussarie, E.; Durand, J; éds. (2003) Corpus et variation en phonologie du français Toulouse, Presses Universitaires du Mirail.

Voir également:

Detay, S.; Durand, J.; Laks, B. Lyche, C. (2010) Les variétés du français parlé dans l’espace francophone Paris, Ophrys. Cf. en particulier les pp. 143-180 sur le français de référence.

Boula de Mareüil, P. La diversité des accents en français p. 58-63 In: L’évolution des langues, quel avenir? Dossier Pour la Science, n° 82, janvier-mars 2014

Morin, Y.-C. (2000). Le français de référence et les normes de prononciation. Cahiers de l’Institut de linguistique de Louvain, 26 (1), 91-135.

• Sources cartes: langue d’Oil et langue d’Oc.

carton rougeLa Norme brandissant son glaive

2 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

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  1. Julie D

    Merci pour cet article encore une fois très intéressant et très utile pour donner aux apprenants des arguments en faveur de la variété du français.

    • Michel Billières

      Beaucoup d’apprenants sont plus royalistes que le roi et veulent avoir un accès direct à la norme en vigueur… au grand dam du prof, souvent, car il ne sait trop quoi répondre. Le contenu de cet article peut effectivement aider l’enseignant à expliquer certaines choses.

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