Mémoire(s) et Apprentissage

Mémoire(s) et Apprentissage est le thème de l’excellente revue ANAE -Approche neuropsychologique des apprentissages chez l’enfant- dans son n° 149 de novembre 2017. Avec les apports de spécialistes reconnus sur des sujets d’actualité. Jugez plutôt.

Mémoire(s) et Apprentissage: le contenu.

Mémoire(s), en effet, si la mémoire est facilement citée au singulier, décrite simplement comme la fonction permettant d’enregistrer, de stocker et de restituer l’information, sa compréhension relève d’une tout autre complexité. Bien que la remise en question de sa singularité et l’émergence d’une conception des mémoires multiples apparaissent précocement et préfigurent les théories multisystémiques de la mémoire, leurs intrications, rôles et relations avec différents types d’apprentissage est de conception plus récente, et continue d’interroger la science d’aujourd’hui. Le 5e congrès de la SOFTAL a ainsi permis d’apporter des éclairages sur le lien existant entre les mémoires et l’apprentissage, notamment chez l’enfant porteur d’un trouble. Ce numéro d’A.N.A.E. qui y est associé reprend l’ensemble des conférences et communications qui ont été présentées.

Une mise au point est d’abord faite sur les 40 dernières années de modélisation de la mémoire déclarative. L’article d’Emmanuel Barbeau nous montre la manière dont cette notion a évolué au cours du temps, depuis les années 80 où la première occurrence du terme de « mémoire déclarative » a été proposée. Il y évoque notamment les trois phases distinctes identifiées dans cette évolution conceptuelle et l’importance de leur appréhension pour la prise en charge neuropsychologique des patients présentant des troubles de la mémoire.

Un autre aspect crucial à prendre en compte dans la prise en charge, en particulier dans les troubles des apprentissages, est celui des déficits de la mémoire de travail. Ils sont abordés par Steve Majerus qui, compte tenu de leur hétérogénéité et de leur complexité, évoque l’importance du recours à des cadres théoriques précis pour la validité de l’évaluation ou de l’interprétation. Notamment, rappelant les trois mécanismes constitutifs de la mémoire de travail et les possibilités d’une altération sélective de l’un ou l’autre, son article permet de mettre en parallèle l’hétérogénéité des déficits de la mémoire de travail et l’hétérogénéité des troubles des apprentissages.

Ce propos se trouve fort bien illustré dans l’article suivant, où Isabelle Jambaqué nous montre ce que les différentes épilepsies (frontales, temporales, partielles idiopathiques) nous apprennent de l’étroite corrélation entre déficits mnésiques et trouble des apprentissages. Ce faisant, elle met l’accent sur l’importance, dans l’épilepsie infantile, de ne pas méconnaître les troubles mnésiques et les troubles des apprentissages et de systématiser leur évaluation.

Patrice Gillet et Frédérique Bonnet-Brilhault évoquent quant à eux le trouble du spectre de l’autisme. Les deux auteurs rappellent le rôle des mémoires sémantique et épisodique dans le développement précoce du langage chez le jeune enfant avec autisme. S’appuyant sur des données neuropsychologiques et neuroradiologiques, ils discutent notamment les liens respectifs que pourraient entretenir ces deux types de mémoire avec l’arrêt du développement du vocabulaire chez certains de ces enfants entre 18 et 24 mois.

En restant dans le champ des troubles neurodéveloppementaux, l’article de Maëlle Biotteau et Mélody Blais synthétise ce que les derniers travaux de recherche nous apprennent sur le lien entre mémoire procédurale, apprentissage procédural et comorbidité. Dans cette perspective, les auteurs s’appuient plus particulièrement sur le cas précis de la comorbidité entre le trouble développemental de la coordination et la dyslexie développementale, et sur le modèle de Nicolson et Fawcett dont les travaux explorent depuis plus de 25 ans cette question toute spécifique.

Revenant sur le développement et le fonctionnement typique, Fanny Dégeilh, Francis Eustache et Bérangère Guillery-Girard proposent une revue des connaissances sur le neurodéveloppement de la mémoire selon une approche multisystémique. Afin de montrer le lien entre le développement mnésique et le développement progressif des autres fonctions cognitives (langage, attention, fonctions exécutives, etc.), les auteurs abordent en premier lieu les modifications structurales et fonctionnelles de l’hippocampe et du cortex préfrontal de l’enfance à l’adolescence. Comme illustration autant que comme base de réflexion, sont abordées à cette suite les stratégies de mémorisation possibles chez l’enfant pour soutenir ses apprentissages.

Dans la continuité, l’article de Michel Fayol porte la question de la mémoire de travail jusqu’à la salle de classe, en interrogeant plus volontiers les modalités d’intervention susceptibles d’améliorer la gestion par les enseignants des contraintes de cette mémoire dans le cadre des apprentissages scolaires (lecture, mathématiques, production écrite). Diverses expériences ont en effet été conduites pour améliorer les capacités de la mémoire de travail chez l’élève, induire l’apprentissage et l’utilisation de stratégies ou faciliter en temps réel la gestion des tâches ; elles seront détaillées dans cette revue.

Pour finir, Mélanie Jucla et Stéphanie Maziero présentent l’hypothèse développée par Ullman et Pullman (2015) selon laquelle la mémoire déclarative pourrait jouer un rôle compensatoire dans les troubles spécifiques du langage oral et écrit, notamment lorsque la mémoire procédurale est impactée. Dans ces troubles, la question de la préservation ou de l’altération des processus mnésiques et des différentes mémoires se posent en effet. Cet article vise dès lors à rendre compte des interactions possibles entre différents systèmes mnésiques dans les troubles comme la dyslexie et les troubles développementaux du langage oral.

Dans leur intégralité, évoquant tantôt la pathologie, le trouble ou le neurodéveloppement typique, ces articles soutiennent ainsi une conceptualisation et une visualisation des mémoires en regard de l’apprentissage, des stratégies qui le rendent possible jusqu’à une mise en mémoire réalisable, défaillante ou incertaine. Les résumés des autres communications orales ou affichées complètent ce numéro.

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Crédit photo: Pixabay

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