Le week-end dernier, Alena Syromiatnikava et moi avons dispensé une formation théorique et pratique de 12 h afin d’initier des collègues russophones profs de fle à la phonétique corrective par la MVT.

Compte-rendu d »‘une expérience qui fût pour moi un enchantement.  Et je n’exagère pas!

Le déroulement de la formation

Six heures par jour selon un emploi du temps et un déroulement des activités sous la houlette d’Alena.

Journée de samedi

Nous faisons tout d’abord connaissance. J’ai l’impression de parler à des compatriotes tant la maîtrise du français comme la prononciation sont exemplaires. Mes interlocuteurs sont largement au dessus d’un C2. 

J’ouvre le feu en évoquant la place de a Phonétique en fle et les raisons pour lesquelles elle est marginalisée par les didacticiens actuels. J’enchaine  ensuite sur les deux méthodes existantes. Et sais que je marche sur des oeufs. En Russie, tous les profs de langues vivantes reçoivent une très solide formation en phonétique articulatoire. En remettre les principes de base en question en exposant les réserves des tenants de la mvt pourrait être mal accueilli. Ce qui ne fut pas du tout le cas.

Précision: la méthode verbo-tonale n’a jamais été diffusée du temps de l’URSS. Il faut dire qu’elle avait été mise au point dans les années 50 par Guberina, un Yougoslave, pays dont le maréchal Tito avait osé s’opposer ouvertement à Staline -et ça fallait le faire!-. La MVT repose notamment sur le principe de surdité phonologique énoncé par Polivanov, un linguiste qui a disparu au  goulag pendant la Grande Terreur (1936-1939).On doit la métaphore du crible phonologique à Troubetzkoy, un émigré ayant fui l’Union soviétique car héritier d’une famille prestigieuse fidèle au tsar. De fait, il avait rang de prince. Et la censure comme la propagande ne badinaient pas avec ces détails à l’époque soviétique.

Dès l’après-midi, nous entrons dans le vif du sujet. Je parle de prosodie, un sujet qui détend toujours l’atmosphère, et Alena se lance ensuite dans des considérations relatives aux consonnes et aux voyelles.

Et on passe au repérage et au commentaire de certaines erreurs produites par les Russe parlant français. Car Alena a recueilli plein de vidéos qui servent d’exemples pratiques. Et ça va très, très vite, les stagiaires jouent le jeu à fond!

Journée de dimanche

Le matin, c’est Alena qui présente les procédures de remédiation. J’y reviendrai ci-dessous.

L’après-midi est entièrement consacré aux pratiques avec les participants répartis en deux sous-groupes. D’abord en utilisant les vidéos. Ensuite, des élèves en chair et en os nous rejoignent. Ils ont été invités par plusieurs des profs et se prêtent de très bonne grâce à la torture phonétique. Les deux maîtres de stage interviennent en premier, normal, puis les formés prennent les choses en main. Ambiance de folie (c’est vrai!) tant les profs comme les petits lapins expérimentaux (подопытные кролики), c’est ainsi qu’on désigne les cobayes en russe, se donnent à fond!

A Star is Born

La star, c’est Alena. Qui a gagné haut la main ses galons de formatrice en mvt durant cette formation.

Résumé des épisodes précédents.

Mes amis Magali Boureux, Pietro Intravaia et moi en faisons la connaissance lors du stage de Padoue en 2019. Et sommes impressionnés par la qualité de sa pratique. Alena se distingue des autres stagiaires par une évidente maturité sur le plan de la mvt. Lors de ce stage, je recueillie son témoignage en vidéo sur les pratiques en correction phonétique en Russie. 

Nous retrouvons Alena lors du stage de l’été 2020 réalisé en visio. 

Entretemps, je suis les aventures d’Alena sur son profil FB. Elle poste beaucoup sur sa vie de prof de fle, tient, entre autres, des « chroniques mvt ». Et c’est très agréable à parcourir, les remarques et réflexions font mouche à chaque fois. Il y a un côté très rafraichissant et intellectuellement stimulant de lire ce genre de propos.

Dans sa présentation du week-end dernier, Alena ne s’est pas contentée de commenter les classiques tableaux servant à poser le diagnostic des erreurs  en reprenant un discours stéréotypé. Elle y a apporté une touche personnelle, un plan « à marche forcée » qui a très bien fonctionné avec son public. Et c’est cela qui est très agréable, cette prise d’initiative, cette responsabilisation qui témoignent d’une vraie réflexion sur ce qu’est la méthode.

Peut-être trouvez-vous que j’exagère en tressant de telles couronnes à Alena… Oui, mais pour moi elle rejoint le nombre de formateurs relativement limité, capables de dispenser des enseignements en phonétique du fle à visée didactique en joignant la théorie à la pratique. Et cette espèce de praticiens est extrêmement rare. 

La récompense du formateur

C’est de sentir l’enthousiasme des participants dimanche au moment de se quitter. C’est de lire les échanges sur les réseaux sociaux. C’est d’apprendre, le lendemain, que telle stagiaire a « obtenu un [y] grâce à l’intonation montante » et qu’une autre « a corrigé [sa]  première voyelle nasale du premier coup ».

C’est ça qui me rappelle que j’exerce un métier magnifique.

Quelques stagiaires pendant la formation
Image par Eliane Meyer de Pixabay

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