Apprentissage d’une L2 et réseaux sociaux

Les réseaux sociaux peuvent-ils contribuer à l’apprentissage des langues étrangères (L2) à l’époque où le web fondé sur le partage et la collaboration

  • met à disposition une gamme de services et d’outils gratuits très diversifiés, souvent astucieux, dont l’utilisation est de plus en plus intuitive
  • abolit l’espace et le temps, rendant facile la communication tant entre deux individus qu’à l’intérieur d’un groupe.

 La question est intéressante. Elle vient d’être à nouveau posée par Madame Elsa Chachkine, maître de conférences au service Communication en langues étrangères du Conservatoire national des Arts et Métiers (CNAM) de Paris. Sa réflexion a été publiée ici le 22/10/2014 et relayée par EducaVox. Mme. Chachkine formule 4 recommandations :

  • Se positionner face aux réseaux sociaux comme objets d’apprentissage et pas uniquement comme support de production, de façon à travailler des compétences liées à l’esprit critique et à l’identité numérique
  • Travailler et scénariser les apprentissages en prenant en compte le hors temps de classe
  • Se focaliser sur la forme autant que sur le fond des productions
  • Organiser la relation sociale avant la mise en oeuvre des séances d’apprentissage (trouver des partenaires pertinents et motivés)

Je rebondis sur ce thème en avançant quelques pistes de réflexion.

L’apprentissage des langues étrangères est en train de subir une mutation en profondeur. Les enseignants doivent acquérir la maîtrise de nouveaux outils dits innovants. Ils y sont encouragés par l’institution, la pression sociale, les uagers (utiliser les smartphones et les tablettes en classe puisque tous les élèves en sont équipés en est un exemple…). Ceci est censé modifier la façon d’enseigner ; le professeur devient un accompagnateur, un tuteur, un animateur etc. Il doit suivre l’évolution des recherches portant sur l’acquisition de nouvelles connaissances et de savoirs nouveaux dans un contexte scolaire dominé par le tout connecté, tout le temps, avec exposition plus ou moins passive, en tout cas incontrôlée à l’infobésité, une inflation exponentielle de la superficialité dans les commentaires et les analyses, une obsolescence programmée des sources d’information condamnées à l’oubli à peine publiées.

Les apprenants en L2 n’ont jamais eu autant d’autonomie : le web regorge de ressources et de documents très divers les mettant directement en contact avec de multiples facettes de la langue étudiée. Ils n’ont plus besoin de l’enseignant pour déambuler dans les rayons de l’hypermarché connecté de la L2. Et peuvent ramener dans leurs filets bien des choses dont le professeur ne soupçonne même pas l’existence.

Les apprenants s’engagent-ils dans un réseau social pour améliorer leur compétence linguistique en L2 ?

Certains le font dans le cadre scolaire, incités en cela par leur professeur. Tout est ensuite question de motivation, de relation avec leurs pairs, des activités proposées par l’enseignant, de la notion d’utilité qui s’y rattache, etc. C’est la version moderne des correspondants de classe ou encore des échanges scolaires pendant les années de collège.

D’autres peuvent le faire car ils éprouvent un intérêt ou de la curiosité pour la L2, sa culture. Ils peuvent entreprendre la démarche de rejoindre une communauté linguistique virtuelle sur le web. Ils n’ont pas besoin du professeur pour ce faire. Le web rend l’apprenant potentiel de l2 très indépendant. Avec qui vont-ils interagir, y trouveront-ils leur compte, persévéreront-ils, c’est une autre histoire.

 Les réseaux sociaux peuvent fournir un terrain d’observation privilégié pour qui s’intéresse à la construction d’une L2 au cours du processus d’apprentissage.

 Dans un article récent, je m’étais interrogé sur la dimension orale d’une interaction en langue étrangère via internet. Certains outils mettent les protagonistes dans des conditions très proches d’un échange langagier authentique. Bien plus naturel et spontané en tout cas que ce qui peut être proposé dans une salle de classe. J’en avais souligné les avantages pour améliorer la compétence orale en L2.

Dans le même ordre d’idée, les échanges scripturaux en L2 sont également précieux à analyser. Nul doute que les personnes ne respectent pas les règles régissant un écrit normé. L’orthographe doit être « phonétique », les abréviations pulluler. On y retrouve tout le génie linguistique lié à la créativité lexicale ainsi qu’à la loi du moindre effort qui ici peut s’épanouir en toute liberté : comme en dire un maximum et produire un maximum d’effets avec un minimum d’efforts ?

 Les chercheurs ont là un formidable terrain de jeu pour étudier les interférences, la construction de ce que l’on appelait les grammaires d’apprenants à une époque.

 C’est aussi l’un des avantages du web, que de fournir matière à nourrir la recherche en (psycho)linguistique appliquée à la didactique des langues.

source image: http://pixabay.com/fr/globe-e-mail-boule-terre-monde-at-63774/

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