La consonne /R/ en fle

La consonne /R/ est redoutable et redoutée en phonétique du fle. Elle est source d’erreurs, paraissant insurmontables, pour une majorité d’apprenants étrangers. Elle peut provoquer de la gêne pour diverses raisons; cette consonne est connotée socialement, psychologiquement et culturellement. Et on ne peut pas lui échapper; /R/ est omniprésent en français oral. Sa fréquence d’apparition est la plus élevée de toutes les consonnes.

Cet article se compose de deux grandes parties. Tout d’abord, un essai de clarification: qu’est-ce que cette consonne aujourd’hui, comment la décrire, quelle réalisation semble être la « norme », que faire des variantes souvent présentes dans la littérature phonétique?.. Dans un deuxième temps, j’exposerai les procédés de correction destinés à mettre graduellement ce son en place. Ce n’est pas le plus difficile à faire acquérir aux apprenants en fle mais il faut respecter un certain ordre de présentation.

A quel « R » se vouer?

Des descriptions parfois confuses ou contradictoires.

Quand il s’agit de décrire le « R » dans les manuels de phonétique générale ou fle, la tendance est d’indiquer certains de ses attributs. Ce son est une

  • fricative: il est produit avec un bruit de frottement plus ou moins fort dans la région du palais mou (velum) ;
  • continue: il peut être prolongé, contrairement aux momentanées (occlusives);
  • sonore: sauf quand précédé d’une consonne sourde ou en finale absolue: prix, pour…;
  • vibrante: selon la variante considérée, cette vibration se produit
    • à l’avant de la bouche, par un ou plusieurs battements de la pointe de la langue (apex);
    • à l’arrière de la bouche dans la région du palais mou et notamment son extrémité, la luette (uvula), qui est très mobile et peut produire un ou plusieurs battements.

L’usage veut aussi que l’on propose 3 schémas articulatoires représentant les trois variantes communément décrites car considérées comme les plus courantes. Je vous invite à les découvrir, ainsi que leurs appellations, en vous rendant sur ce mur virtuel. Partant, mon commentaire va s’articuler autour de 3 points:

♦ La non concordance dans les signes phonétiques utilisés pour noter ces variantes.

  • En ce qui concerne le « R » d’avant, LeBel distingue entre celle produite avec une seule vibration de l’apex, notée [ɾ], et celle réalisée avec plusieurs battements et indiquée par [r] dans l’API. Le [ɾ] à un battement est appelé frappé, le [r] à plusieurs battements est dit roulé.
  • Cette disparité de notation est particulièrement flagrante pour les variantes réalisées à l’arrière de la cavité buccale. Il n’y a pas d’accord non plus entre les différents phonéticiens dont nous avons consulté les ouvrages pour rédiger cette partie (cf. biblio en fin d’article).

D’ailleurs, il est temps que j’apporte mon grain de sel (ou de sable) pour ajouter à la confusion ambiante. A partir de maintenant, je vais noter cette consonne en utilisant le signe de transcription ʁ qui correspond à la variante actuellement la plus répandue en français (cf. infra).

♦ La dénomination de telle ou telle production de /ʁ/. Ceci ajoute à la confusion. Pour les uns le [R] standard ne fait qu’un avec le  « r » parisien, ce symbole étant utilisé parfois pour noter le son dit grasseyé alors que d’autres emploient pour ce faire le symbole [ᴚ] qu’ils distinguent du son standard. En effet, le « R » grasseyé est très connoté prononciation faubourienne, titi parisien, le fameux « atmosphère » d’Arletty, etc. Léon distingue en outre une production typique de certains chanteurs -Barbara, Brassens, Brel- qu’il transcrit par [ᴙ] et qui correspond à une série de battements de la luette.

♦ Les indices sociaux ou dialectaux auxquels certaines variantes de /ʁ/ renvoient. Nous avons évoqué le « R » d’arrière. En ce qui concerne le « R » d’avant, frappé ou roulé, il marque l’appartenance à une région, une classe sociale et/ou une classe d’âge.

 Cette présentation de /ʁ/ toute aussi succincte qu’elle soit a de quoi décourager ou écœurer de la phonétique étudiants comme professeurs. Essayons maintenant  de proposer quelque chose de plus opératoire sur le plan pédagogique.

 Proposition de mise en ordre.

Certaines variantes ne sont pas à retenir.

Les différentes variantes de /ʁ/ sont rassemblées dans le tableau ci-dessous. Qui doit être simplifié quand on se place dans une optique fle d’enseignement de la prononciation. On considère auquel cas que sont à écarter les productions

  • [w] surtout réalisé aux Antilles et [r] roulé avec un ou plusieurs battements. Elles ne représentent pas un son dit standard en français contemporain;
  • [ᴚ] et [ᴙ] sont finalement deux sons fort similaires, ne différant que par le nombre de battements. Mais leur prononciation est ressentie comme vieillotte (pour reprendre une remarque d’une étudiante).
Différentes variantes de /ʁ/

Différentes variantes de /ʁ/

 Quelle(s) variante(s) considérer, et pourquoi?

Les 2 réalisations devant retenir notre attention dans un but d’enseignement sont [R] et [ʁ]. Elles présentent des similitudes.

Ce sont les 2 sons les plus relâchés du système consonantique. A tel point qu’ils peuvent

  • s’amuïr:  j’ai écouté les Quat’Saisons de Vivaldi; il habite à 5 kilomèt’ d’ici (nécessité d’une autre consonne dans le voisinage immédiat);
  • ne pas être perçus par des étrangers : je pars peut être répété [ʒəpa:] par un anglophone insensible à la présence du [ʁ] final.

Ce relâchement de la tension peut expliquer le passage de  [R] à [ʁ] tous deux articulés dans la région vélaire:

  • [R] appelé parfois parisien en référence à l’ancienne norme du français parisien cultivé -qui a prévalu du début du XXè jusqu’aux années 60- est une fricative produite avec un léger bruit de frottement dû au contact entre le dos de la langue et le velum cartilagineux, ce qui engendre une vibration légère au passage de l’air;
  • [ʁ] standard est une spirante, soit une fricative faible, un souffle d’air expiré sans effet vibratoire car les 2 articulateurs sont moins proches. On pourrait y voir un effet de l’hypoarticulation souvent mentionnée pour caractériser le parler des jeunes générations. D’où le fait que cette variante dévibrée tend à se répandre de plus en plus.

La manière de prononcer ces 2 sons peut être décrite, comme le montre le tableau ci-dessus. Il est par contre difficile de localiser leur articulation qui demeure très floue. Ce que montre très bien Callamand (1981, 162-163) qui observe que la consonne est un simple souffle d’air, se traduisant acoustiquement par une légère friction, accompagnant la voyelle dans des séquences

  • voyelle + /ʁ/ final
  • /ʁ/ initial + voyelle
  • /ʁ/ en position intervocalique

[ʁ] standard et [R] parisien ne diffèrent finalement que par l’absence/présence d’une vibration, d’un frottement dans la région du palais mou. Cette différence est infime. Il n’est pas dit d’ailleurs qu’une personne prononçant communément [ʁ] ne produise parfois des [R] dans une situation stressante, quand elle veut souligner quelque chose, etc. Conséquence sur le plan pédagogique: l’essentiel est de permettre à l’apprenant de produire un « R » postérieur, peu importe qu’il s’agisse de [ʁ] standard ou de [R] dit parisien.

Procédures de correction du « R » mal prononcé.

les erreurs les plus communes et leur diagnostic.

Le [ʁ] est un son problématique. Il ne se laisse pas aisément apprivoiser par les étrangers qui ont majoritairement tendance à produire des articulations à l’avant de la bouche. les Slaves, arabophones et hispanophones articulent généralement [r] et/ou [ɾ], les anglophones sont susceptibles de réalisations multiples dont certaines sont visualisées sur l’image de droite du mur virtuel (je vous en épargne la description); une confusion entre [r] et [l] est souvent opérée par les Japonais, etc. Certaines productions sont intermédiaires entre [r] et [l] et difficiles à noter avec des signes de l’API. Il est également possible qu’une semi-consonne soit réalisée au lieu du [ʁ] attendu (je n’ai pas souvenir de groupes linguistiques en produisant au moment où je rédige ce billet).

Il faut poser le diagnostic de l’erreur avant tout acte de correction. La mise en place de [ʁ] est avant tout un problème de tension. Pour rappel, un son est

  • d’autant plus tendu qu’il est produit vers l’avant de la cavité buccale. Donc, des productions telles que [r ɹ ɾ ɽ l] sont T+ par rapport à [ʁ];
  • d’autant moins tendu que les articulateurs sont écartés au niveau du mode d’articulation. Donc, une production telle que [w] est T- par rapport à  [ʁ];

Ces données se retrouvent sur le tableau utilisé pour la correction des consonnes sur l’axe de la tension: [ʁ] est effectivement la plus relâchée du système.

Les procédés de correction pour asseoir le son [ʁ].

Il faut jouer sur la tension et en enlever un maximum afin d’installer [ʁ]. Les procédés recommandés pour ce faire par la méthode verbo tonale sont rappelés ICI Je les commente brièvement à nouveau en apportant des précisions complémentaires dus au caractère particulier du son qui nous intéresse. Je m’appuie sur l’exemple voilà le car: [vwalaləkaʁ]. Cette séquence est d’abord produite avec des procédés enlevant naturellement de la tension.

✓ marques prosodiques

  • en intonation descendante;
  • avec une vitesse de parole ralentie;
  • en allongeant éventuellement la durée de [ʁ].

✓ gestualité concomitante

  • relâchement corporel général (macromotricité);
  • main accompagnant la descente intonative;
  • indices visuels pendant la production de [ʁ] allongé, tels que
    • lèvres entr’ouvertes: ceci peut favoriser la tenue de la langue plate dans la bouche derrière les dents du bas et non la tentation de remonter la pointe de la langue (apex), ce que font naturellement beaucoup d’apprenants;
    • main touchant le bas du menton du côté de la pomme d’Adam pour faire sentir que l’articulation du son cible est quelque part vers l’arrière et certainement pas dans la partie antérieure de la bouche.

La prise d’indices kinesthésiques est importante pour la mise en place de  [ʁ]. Faut-il commenter l’ouverture visible de la bouche, le fait de ne pas faire vibrer la pointe de la langue, la friction vers l’arrière du palais? J’ai écrit plus haut que ce son est psychologiquement connoté. Certaines résistances plus ou moins conscientes peuvent entraver sa mise en place. Il est notamment synonyme de virilité dans certaines cultures où passer du [r] au [ʁ] est dérangeant car le 1er est un son « masculin » et le 2ème davantage « féminin » (2). La production du « R » d’origine peut aussi être vécue comme une marque forte de l’appartenance culturelle à laquelle l’apprenant n’est pas prêt à renoncer. Autant de points dont un prof de fle doit être conscient.

✓ prononciation nuancée

On a recours aux consonnes de même point d’articulation mais plus tendues soient [k] et [g]. Le travail s’effectue en jouant sur l’intonation avec débit ralenti, allongement de la consonne et gestualité relâchée. Dans l’exemple [vwalaləkaʁ], la progression est la suivante:

 sonintonation
k⤴︎→⤵︎
vwalaləkag⤴︎→⤵︎
ʁ⤵︎

Utiliser les 3 intonations (montante, plate, descendante) avec [k] et [g] permet de « placer » la bonne zone d’articulation et d’y habituer l’apprenant. Le passage à [ʁ] s’effectue par un véritable décrochage intonatif en proposant directement l’intonation descendante ce qui engendre un véritable « gaspillage » de tension et peut concourir à la production du son attendu.

Pour rappel, il est important de prolonger l’émission de [ʁ] en ⤵︎ avec main descendante et/ou indices visuels supplémentaires. Beaucoup de personnes ne perçoivent même pas la présence du son en finale absolue en raison de sa très faible tension et de sa friction quasi nulle.

Un son tel que la jota espagnole [×] peut aussi être produit. Ce peut être un bon indice pour signaler la région où s’articule le son attendu.

 ✓ entourages facilitants

Les voyelles les moins tendues doivent être utilisées prioritairement. Le [a] bien entendu mais aussi [ɔ] et [o] qui sont naturellement T- en tant que postérieures. Dans le même ordre d’idée, on peut envisager de recourir pour la même raison aux nasales [ɑ̃] [ɔ̃] si l’apprenant les produit convenablement.

La voyelle [ə] constitue également une bonne ressource, son articulation étant souvent présentée comme « neutre » en termes de tension.

En début d’apprentissage, on évite de recourir à des voisinages où [ʁ] est au contact de voyelles antérieures T+ telles que [i], [e].

L’importance de la progression pour l’assimilation de [ʁ].

C’est ce que nous appelons la loi de position dans le tableau de synthèse des procédés ci-après. Une progression est nécessaire pour permettre la mise en place de la consonne.

Il est impératif de commencer par la finale absolue 1 avec les procédés décrits plus  haut:  [ʁ] est proposé en intonation descendante, avec un débit ralenti, une gestualité détendue avec allongement de la consonne accompagnée d’un geste descendant de la main dans des phrases telles que: il va au bar; c’est le car; ce mot est rare; le bateau est au port; il est tard; j’habite le Gard; c’est de l’or; est-ce que tu sors?; le chat dort, j’ai peur; voilà ma soeur, etc. Ces exemples contiennent des voyelles T- et le nombre de syllabes composant chaque item ne dépasse pas 4 afin de ne pas surcharger la mémoire de travail de l’apprenant qui traite les sonorités parolières en direct.

Il faut veiller à l’allongement exagéré de [ʁ]: beaucoup d’apprenants ne l’entendent simplement pas. Le fait de produire un son avec effet raclement de gorge peut venir en aide à certaines personnes.

Quand [ʁ] commence à être convenablement produit, on

  • varie les intonations en finale absolue afin de mettre plusieurs degrés de tension en faisant alterner ⤴︎ → ⤵︎
  • puis on ajoute un petit appendice final  [a] ou [ə] à des mots tels que dort, gare, sors, etc. Ce qui permet de passer à la position 2: [ʁ] est désormais en intervocalique mais il est toujours possible de revenir instantanément en finale absolue en cas de nécessité: [dɔʁa] ou [dɔʁə], [gaʁa] ou [gaʁə], etc.

On reste ensuite en position 2 intervocalique mais en éloignant [ʁ] de la syllabe finale. Il suffit d’ajouter un bref élément aux phrases ci dessus: le chat dort là bas; la gare est belle; j’ai peur la nuit, etc.

Les positions 3 pré-et post-consonantiques sont dues au fait que [ʁ] est fréquemment en contact avec une autre consonne située immédiatement avant ou après : arbuste; artiste; hirsute; herbe; brique; travailler; gras… Le travail remédiatif s’effectue en utilisant les procédés destinées à enlever de la tension. En cas de difficulté, notamment si un son frappé ou roulé est produit,  il faut  penser à

  • favoriser le creux intonatif: il va tra vailler ce matin;
  • séparer [ʁ] de l’autre consonne en intercalant un [a] et un [ə]. Ceci permet de recréer momentanément une position intervocalique théoriquement plus facilitante;
  • recourir au principe de discontinuité sonore: aménager une pause brève (notée par≠) entre l’occlusive et le son suivant qui peut être une consonne ou une voyelle. L’occlusive est alors en position de consonne fermant la syllabe, l’intonation descendante et un débit légèrement ralentis sont conservés: exemples: On va t ≠ ravailler; il est d ≠ eux heures.  Ce « blanc » produit par apnée constitue une sorte de hiatus provoquant un relâchement des organes articulatoires et contribuant à T- Le plus souvent, l’élève ne le réalise pas mais produit un son qui est effectivement moins tendu.

La position initiale 4 est considérée comme difficile théoriquement. Il est sûr qu’il est plus confortable de travailler prioritairement en envisageant les positions 1 et 2.

Vous trouverez de nombreux exemples audio-visuels illustrant concrètement ces diverses procédures de correction de [ʁ] dans la vidéographie de la ressource numérique consacrée à la formation de formateurs à la méthode verbo tonale. Regarder ces courtes vidéos vous permettra de faire le lien entre la théorie et les pratiques réelles ayant cours en classe.

Le tableau suivant récapitule l’ensemble des procédés décrits dans cet article.

R: les procédés de correction

R: les procédés de correction

Ouvrages consultés pour se donner de l’R:

Callamand, M. (1981) Méthodologie de l’enseignement de la prononciation, Paris, Clé international

Léon, P. (1992) Phonétisme et prononciations du français Paris, Nathan Université

LeBel, J.-G. (1990) Traité de correction phonétique ponctuelle Québec, Université Laval, CIRAL

Nève, F.-X. (2002) Une introduction à la phonétique Liège, 2d. du CÉFAL

Thomas, J. M. C.; Bouquiaux, L.; Cloarec-Heiss, F. (1976)  Initiation à la phonétique Paris, PUF

16 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

  1. Julie D

    Merci beaucoup pour cet article très bien présenté!

    Publié le 19 janvier 2015 à 11:56
    • Michel Billières

      Avec grand plaisir, merci pour votre commentaire 🙂

      Publié le 19 janvier 2015 à 14:46
  2. Je rejoins totalement Julie D : un grand merci pour ce nouvel article très clair et ces conseils de remédiation !

    Publié le 22 janvier 2015 à 10:13
    • Michel Billières

      Je vous remercie.La correction phonétique est nécessairement technique, il faut accepter de l’apprivoiser afin d’obtenir des résultats probants.

      Publié le 23 janvier 2015 à 07:27
  3. dafflon

    Un de mes étudiants (chinoise – erreur non typique des chinois pourtant, 1ère fois que je rencontre ce cas) réalise un r ( pour r standard) très « accentué » – trop – presque comme la jota espagnole. Comment l’analyses-tu et surtout quels procédés me conseillerais-tu ?

    • Michel Billières

      Bonjour!
      si l’étudiante produit une [x] proche de l’espagnol, elle réalise un son trop tendu par rapport au [R] français très relâché. Si c’est celui-là que tu veux installer,tu joues sur T-, il faut enlever de la tension. D’un autre côté, une production telle que [x] est jugée acceptable et dans la sphère des réalisations possibles du /R/. P. Léon par exemple considérait que ce son était acceptable.

  4. Rétrolien: Agitox – Le zapping FLE-EDU #20

    • Michel Billières

      Merci pour ce commentaire très positif!

      Publié le 1 janvier 2016 à 11:59
  5. forouzan

    Bonjour,
    J’entends deux « R »differents dans les mots « pres,prendre,porte »et les mots »bonjour,barbre,arbre ».
    Est-ce que cela concerne la position de »R »dans le mot?
    Pouvez-vous me l »expliquer?
    Merci

    • Michel Billières

      La réponse logique me venant à l’esprit est la suivante: [R] est dévoisé dans « prendre » et « porte », il est voisé dans « arbre » et « prendre ». Ceci étant dû à l’influence des sons voisins (contexte). Je ne sais pas quelle est votre langue maternelle mais elle peut éventuellement influencer cette double perception à laquelle un Français n’est pas sensible.

  6. Greg

    Bonjour M. Billières,
    Merci infiniment de partager vos connaissances qui sont une mine inépuisable pour un professeur de FLE non initié comme moi. De la théorie à la pratique, il n’y a qu’un pas, et vos conseils éclairés ont déjà donné des résultats sur certains apprenants.

    Publié le 26 novembre 2016 à 22:24
    • Michel Billières

      Cher collègue, je suis sincèrement touché par votre commentaire. Je suis heureux de constater que les informations contenues dans ce blog peuvent servir à d’autres enseignants et étudiants de langues vivantes et de fle. Ceci m’encourage à l’alimenter régulièrement en nouvelles chroniques.

      Publié le 27 novembre 2016 à 10:51
  7. Carlos

    Très intéressant, mais: pourquoi devons nous éliminer les variations? pourquoi lutter contre les variations? Philippe Blanchet appellerait ceci de la glottophobie (être discriminé para la façon dont on parle). Les canadiens et les africains ont le droit à prononcer les « r » roulés » les apprenants hispanophones ne doivent pas être vue comme des êtres anormaux parce qu’ils ne prononcent pas comme les français (Je suis latino moi même). Quand on apprend le français (ou autre langue) on ne prétend pas devenir français mais apprendre la langue correctement, de façon à communiquer sans blocages. Je comprends bien qu’il faut prononcer correctement afin de se faire comprendre, les gens qui arrivent à prononcer le « r » comme les français tant mieux! mais il ne faut pas discriminer les gens quand ils prononcent autrement. Enfin c’est seulement mon opinion comme latino professeur de français qui a appris le français en Amérique Centrale. Je vous félicite pour les articles, pour le site et pour les opinions! C’est un site vraiment très bien fait!

    Publié le 7 décembre 2016 à 19:31
    • Michel Billières

      « Qui peut le plus peut le moins ». C’est en fonction de ce principe souvent cité par Raymond Renard en MVT que je préconise un travail pour une production du son [R] « à la française ». Tout en étant pleinement conscient de la variété des réactions des élèves qui sont de quatre ordres et qu’il convient toujours de respecter 1) indifférence plus ou moins complète; 2) hostilité plus ou moins palpable; 3) souffrance plus ou moins ressentie; 4) appartenance culturelle plus ou moins revendiquée. Pour le cas 1), il n’y a pas grand chose à faire; pour 2), c’est très rare mais cela peut se manifester; c’est parfois lié à 4): je conserve mon son d’origine qui marque une différence que je revendique. Le point 3) est le plus sensible: certains élèves veulent véritablement acquérir ce [R] si difficile et qui est omniprésent en français oral. Dans tous les cas, un « r » roulé ou rétroflexe est compréhensible en français et n’entrave pas la communication. On peut donc le laisser passer mais il sera toujours un révélateur puissant d’un « accent » étranger. Et un très grand merci pour votre commentaire si positif concernant le blog!

      Publié le 8 décembre 2016 à 12:02
  8. daniel

    C’est bien vrai que cette consonne représentée par un unique caractère en français s’éparpille dans une multitude de prononciations bien déroutantes pour certains. Votre tableau est un excellent résumè de ces variantes. Puisque vous y avez inclus la prononciation des Antilles, j’aurais bien vu aussi les prononciations de la francophonie africaine avec notamment le R remplacé par un L ou bien le R complètement amuïsé.

    On retrouvera la même problématique pour un apprenant français qui étudie le mandarin qui prononcera le R simplement comme un j français alors que c’est un L fortement rétroflexe en initiale et plutôt un voisin d’un R anglais en finale. Indéniablement, la consonne R a un lien de parenté avec la L.

    Publié le 14 février 2017 à 14:47
    • Michel Billières

      Merci pour toutes ces précisions. Quand on veut faire rouler le « r », on passe par des consonnes de même point d’articulation mais de moins en moins tendues soit t d n l r. Et un timide battement se produit quand l est réalisé très hypotendu. r est bien un l déguisé!

      Publié le 15 février 2017 à 10:18

Pin It on Pinterest

Share This