« La voix se voit, le mouvement s’entend »

« La voix se voit, le mouvement s’entend ». Je cite Régine Llorca dont je connais les travaux depuis longtemps et dont je viens de découvrir les vidéos de phonétique corrective. Et dire que j’avais raté cela jusqu’à la semaine dernière!!!

Le rythme dans la peau.

Régine Llorca enseigne à Besançon. Elle est une spécialiste du rythme de la parole en français. Ses premiers travaux datent des années 80 et constituent une référence (cf. bibliographie). Elle contribue grandement à systématiser le rythme en montrant notamment la place et l’importance de syllabes saillantes accentuées et en décrivant les principales figures rythmiques de la langue. Ses travaux qui se situent en production sont à croiser avec ceux de François Wioland en perception. Elle est également influencée par la conception de paysage sonore des langues développée par Élisabeth Lhote.

Madame Llorca a plusieurs cordes à son arc. Elle se passionne pour la danse et le théâtre. Et développe les  rythmimots

Sa conception de la phonétique corrective est pleine d’allant et de fraîcheur. Il faut absolument voir ses vidéos. C’est très bien fait sur le plan didactique, c’est formidablement entrainant.

Cela recoupe certains points essentiels de la phonétique verbo-tonale tels que développés sur le Blog: importance du corps, du geste, de la prosodie, etc. Sans oublier les rythmes corporels et musicaux . Que R. Llorca sait admirablement valoriser.

Voir la voix, entendre le mouvement.

Il faut pour cela se rendre sur le site de franc parler où sont hébergées de courtes vidéos de Régine Llorca.

✔︎ Dans la 1ère vidéo, elle montre comment utiliser le geste, le mouvement des mains, pour travailler la création, l’articulation, la compréhension, l’imagination. Quand on parle en français, on bouge sur les syllabes accentuées : c’est la même énergie qui va dans la voix et dans le corps. Une formule pour résumer : « La voix se voit ; un accent, un mouvement ». Si l’on résume, amplifier l’accent avec les mains aide à bien le sentir parce qu’on le perçoit par le corps en même temps que par l’oreille. Pourquoi est-ce si important de repérer les syllabes accentuées dans une phrase ?

✔︎ Dans le document suivant, la relation mouvement-accent est mise en lumière. Le mouvement aide à comprendre la fonction de l’accent en français : l’accent se place sur la dernière syllabe pour permettre de repérer la fin d’un mot. Lorsque dans une phrase, on place l’accent ailleurs que sur la dernière syllabe d’un mot, le sens de cette phrase se trouve modifié. Exemple :
« Les professeurs de français, ils sont beaucoup, ils sont souvent, devant l’ordinateur »
« Les professeurs de français, ils sont beaux [ku], ils sont saouls [vã], devant l’or [dinatœr] »
S’entraîner à découper la chaîne sonore en français, c’est s’entraîner à maîtriser le mécanisme qui fait que l’oreille repère la dernière syllabe d’un mot grâce à l’accent et reconstruit ce mot à partir de la fin.

✔︎ La 3ème vidéo illustre comment le mouvement aide « naturellement » au repérage et  la production des accentuations en français. Le principe, c’est de prendre le geste lui-même au départ des activités et de combiner son aspect phonétique, d’accentuation, avec un aspect communicatif. Premier exemple d’activité : le jeu de la poubelle de la vie, avec un prolongement possible sur des activités de débat. Il existe un autre type d’accentuation en français : l’accent didactique, sur la première syllabe d’un mot. Il exprime l’énergie, l’autorité, ou encore la colère, voire l’agressivité. Il est utilisé en particulier dans le discours politique. À manipuler avec précaution !

✔︎ La vidéo suivante souligne les habitudes des Français. Ils  accentuent, par le mouvement, la dernière syllabe des mots (ou la première), jamais celle du milieu. Ils ont d’ailleurs tendance à « bouger français » lorsqu’ils parlent une langue étrangère, en mettant les gestes et l’accent sur la dernière syllabe ! C’est à cette façon de bouger qu’on repère les Français…

✔︎ Le 5ème petit film souligne les difficultés d’apprenants de fle. Inversement, le problème pour les étrangers qui parlent français, c’est de rendre systématique l’accent en fin de mot. Pour les mots qui comportent des syllabes multiples, il est parfois difficile de devoir attendre la fin d’un mot pour placer l’accent ! C’est précisément dans ces cas-là qu’on va utiliser le mouvement pour aider la prononciation. Le mouvement permet d’entraîner la voix. Pour les mots longs, si on place le mouvement plus haut, la voix va descendre avec lui et dérouler les syllabes, naturellement, spontanément, automatiquement !

✔︎ La 6ème vidéo propose des variations autour de la poubelle. Je précise qu’il n’y a rien à jeter dans ce document.

✔︎ Le 7ème document illustre quelques exemples de rythmimots qui sont des jeux de langage dans lesquels les phrases créent une véritable musique parlée : phrases en canon, conversations rythmiques, histoires racontées sur des rythmes de valse ou de marche…

Allez vite voir ces interventions!

Mais il y a plus: la chaîne YouTube de Mme. Llorca. Un fois que vous y avez accédé par le lien ci-dessous, vous découvrez ses différentes playlists:

  • les conférencenettes: au nombre de 7, il ne faut surtout pas les manquer!
  • les rythmimots: il n’ y a que deux illustrations, frustration garantie…
  • les sketches: 24 vidéos extrêmement agréables.

Je suis ravi d’avoir visionné l’ensemble de ces vidéos. R. Llorca est une phonéticienne didacticienne remarquable. Elle dispense une phonétique corrective pratique vivante, pétillante et dynamique dans le cadre d’une solide exigence théorique.

J’ai ajouté les liens vers ses productions audio-visuelles dans la partie Ressources du Blog ainsi que dans la liste Phonétique corrective du fle créée avec Learnstream.

Références bibliographiques.

LHOTE E. 1985 L’approche du paysage sonore d’une langue. Bulletin d’Audiophonologie, annales scientifiques de l’Université de Franche-Comté :L’oreille l’horloge du temps, n°1-2, vol.I: 114-184.

LHOTE, E. (dir.) 1987 A la découverte des paysages sonores des langues Annales littéraires de l’Université de Besançon

LLORCA, R. 1982. Essai de systématisation du rythme de la parole française. In Actes du séminaire Prosodie et reconnaissance automatique de la parole . 7-8 oct. 1982, organisé par le GALF et l’Institut de Phonétique d’Aix-en-Provence, Publications de l’Institut de Phonétique d’Aix-en-Provence : 1982, p. 165-192

LLORCA, R. 1985. Approche rythmique du paysage sonore. Bulletin d’Audiophonologie. 1985,n° 100, fasc. 1. 1-2, p. 150-156

LLORCA, R. 1986. Temps et rythme dans la parole : un modèle pour le français. Bulletin d’Audiophonologie. 1886, vol. 2, NS n° 5/6, p. 535-548

LLORCA, R. 1989. Quelques principes d’architecture sonore de la parole en français. In BULAG. 1989, n° 15, p. 18-42

LLORCA, R. 1990. Le paysage rythmique du français. In LHOTE, E. (éd.) (1990) Le paysage sonore d une langue : le Français. Hambourg, Helmut Buske Verlag, Études de phonologie, phonétique et linguistique descriptive du français, Vol. 4 (coll. dirigée par J.-P. Goudailler et A.-M. Houdebine), p. 79-128

LLORCA, R. 1992. Le rôle de la mémoire musicale dans la perception d’une langue étrangère Revue de Phonétique Appliquée. 1992, n° 102, p. 45-68

LLORCA R. (2007). Une approche rythmique de la parole et de la langue. Annales du colloque de Lille : « Les Rythmes et la vie », Association franco-canadienne La Joie de Parler, 1-10.

LLORCA R. (2012). Chanson et Parole : mécanismes communs et implications pédagogiques pour le FLE. Le Langage et l’Homme, vol. XXXXVII, n°2 : 9-16.

source image du bas: Pixabay

image illustrant l’article:

Photo credit: Caneles via Visual Hunt / CC BY-NC-SA