Phonétique rime avec ludique

Une phonétique ludique. Pour certains il ne peut s’agir que d’un oxymore provocateur. Pour d’autres, cette discipline rébarbative par certains côtés peut réserver d’agréables surprises, par exemple dans le contexte du fle. Ce que les Agités ont bien compris en s’entretenant avec Michèle Freland-Ricard. Compte rendu de ce podcast.

La phonétique en jouant.

C’est le nom du blog tenu par Michèle Freland-Ricard, Docteur en Sciences du Langage spécialité: Phonétique, professeur de fle et de phonétique à Aix-Marseile et Avignon, directrice de plusieurs Alliances françaises en Amérique latine, formatrice de professeurs de fle à l’étranger.

Elle répond aux questions des Agités dans ce podcast que vous retrouvez en cliquant sur l’image:

Podcast des Agités sur la phonétique en jouant

Quelle place la  phonétique  occupe-t-elle dans l’enseignement du fle?

Michèle Freland-Ricard (désormais: MFR) souligne tout d’abord que la prononciation constitue une compétence à part qu’il faut travailler séparément. Il est moins facile de l’acquérir que le vocabulaire ou la syntaxe. Elle propose ensuite une rétrospective de la place de la phonétique. Selon elle,

  • les méthodes des années 60, SGAV notamment, intégraient la phonétique;
  • les années 70 ont complexifié l’enseignement avec un vocabulaire particulier en commençant pas le segmental; le suprasegmental vient après;
  • Le tout communicatif a tout abîmé: on pensait que tout était acceptable pourvu que les élèves parlent. Résultat: la prononciation est négligée;
  • années 80: les labo langues sont arrivés. Le travail sur la prononciation devient alors déconnecté de la langue;
  • années 90: méthodes intégrées en travaillant uniquement sur les paires minimales et les phonèmes – discrimination. La phonétique se trouve reléguée en toute fin de leçon.

MFR rêve d’une méthode basée sur une progression phonétique adaptable à chaque groupe de nationalité.

Le jeu en phonétique est-il un support ou une base pour son apprentissage?

MFR observe que les professeurs ne pas à l’aise dès qu’il s’agit de phonétique. Beaucoup n’y connaissent rien, notamment des enseignants étrangers qui ne se sont jamais rendus dans un pays francophone. La phonétique corrective revêt pour eux un aspect négatif.

Le travail de Régine Llorca sur les rythmimots a été une véritable révélation pour MFR.  Et l’a encouragé à développer des activités autour de la phonétique en jouant: ainsi, le travail devient actif et créatif pour les apprenants.

Quelques exemples d’activités.

MFR évoque le jeu de la poubelle, activité faisant travailler la syllabe finale porteuse de l’accent obligatoire du français.Et d’expliquer comment elle conçoit une activité collective en cours. Elle s’efforce de réunir les élèves ayant les mêmes problèmes autour d’un même jeu. Chacune activité dure entre 5 et 10’ . L’activité est intégrée dans le cours, ce qui est pratique pour des points de grammaire.

MFR insiste sur l’importance d’« éduquer le souffle »: car on gère sa respiration en fonction de sa L1.  il faut apprendre à la gérer en L2 en constituant des groupes de souffle caractéristiques d’une langue donnée – cela permet de contrôler les pauses et de mettre en place la tension croissante du français – qui plus est, cela enlève du stress.

Et l’évaluation?

« J’évalue par le jeu » répond MFR. Évaluer la prononciation ce n’est pas évaluer l’oral. C’est estimer et mesurer si la prononciation de l’étudiant se rapproche de celle d’un natif – D’où l’importance d’un test en enregistrant l’étudiant au début et à la fin de la formation.

MFR explique également comment elle accompagne ses étudiants pour les aider pendant  leur processus d’auto-correction. Elle utilise des gestes conventionnels: tel geste pour arrondir les lèvres, tel autre pour ouvrir davantage la bouche…

Comment procéder avec des étudiants ayant un système d’erreurs fossilisées?

Pour ce genre de public, la démarche est différente. Les jeux n’opèrent pas, il faut un prof spécialisé en phonétique corrective : il faut déprogrammer puis reprogrammer, ajoute MFR.

Elle répond à une autre question en indiquant le nombre d’élèves composant un groupe travaillant en correction phonétique. Pour un maximum d’efficacité,  un tel groupe rassemble entre 15 et 20 personnes.

MFR insiste sur l’importance du diagnostic afin de rendre le professeur plus efficient. Par exemple, le [y] c’est un [i] pour lequel la bouche est arrondie Pour le faire entendre on améliore l’acuité.  De même, pour distinguer [e] de [ɛ], on se livre à un aérobic de la bouche.

Retrouvez le blog de Michèle Freland-Ricard

Les Agités sont-ils atteints de phonéticophilie?

L’angoisse monte dans le monde du fle et non sans raison. il est permis de se poser la question: Les Agités sont-ils phonéticophiles? En effet, sur les huit podcasts réalisés par Pascaline, Fred et Seb, trois sont consacrés à la Phonétique. A l’évidence, ils sont de nouvelles victimes de cette perversion linguistique. La phonéticophilie n’entre pas encore dans la nomenclature de l’OMS. Et aucun remède connu pour le moment. Vite, un vaccin qui [aʒito] !

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