Comment parler de phonétique corrective avec des novices

Comment aborder la problématique de la phonétique corrective en L2 avec des formateurs travaillant dans le vaste monde du fle mais n’ayant aucune expérience de l’enseignement de la prononciation et dont le cursus initial est éloigné du fle.

Une formation de formateurs originale.

Un public hétérogène.

C’est ce que j’ai connu à deux reprises à quatre semaines d’intervalle cet automne. J’ai été amené à animer un séminaire auprès de formateurs intervenant dans divers organismes et associations accueillant divers publics relevant du fle.

Une journée d’études a été dispensée dans le cadre du cycle de formation Développer ses compétences de formateur-trice FLE-FLI proposé par Ressources et Territoires à la mi-novembre. Cette intevention a concerné une quinzaine de personnes.

Mi-décembre, une conférence a réuni plus de 70 personnes à l’initiative du Carrefour culturel Arnaud-Bernard.

Toutes ces personnes travaillent dans la galaxie du fle midi-pyrénéen, à des titres divers et avec des statuts variés. La grande majorité n’est pas passée par une formation fle. Leurs connaissances en méthodologie et en didactique se sont forgées sur le terrain. La linguistique est une discipline inconnue. Quant à la phonétique, certains pensent qu’il faut faire répéter longtemps et fréquemment pour que les élèves prononcent mieux. D’autres n’ont aucune idée de ce que cela représente. Beaucoup ont vu des schémas  « bizarres », « moches » ou encore « inutiles « qui de toute façon « ne servent à rien » -je cite-.

Point commun chez tous ces formateurs: une curiosité réelle envers la prononciation du fle. A preuve cette rafale de questions et remarques:

  • On peut vraiment faire quelque chose?
  • Il y a moyen d’améliorer la façon de prononcer des élèves?
  • C’est difficile?
  • C’est long?
  • Vous croyez que j’en serai capable?
  • Pourquoi on ne nous en n’a jamais parlé avant?
  • De toute façon ça marchera pas votre truc avec ces dessins idiots (mon préféré)

La stratégie de l’intervenant.

Elle est à la fois simple et compliquée. Il s’agit de tirer partie de cette curiosité de départ. Si ces gens sont là c’est qu’ils éprouvent de l’intérêt pour ce questionnement autour de la correction de la prononciation en fle.  Ils ne sont nullement tenus d’être présents. Il y a mille choses (au moins)  à faire bien plus agréables que de suivre un exposé sur la phonétique corrective. Par conséquent, il convient de proposer une présentation vivante éveillant et stimulant leur intérêt. Qu’à la fin de mon intervention ils aient envie de dire Et alors? Qu’est-ce qu’on fait maintenant?

Enjeux et défis de la phonétique corrective en fle.

C’est le titre de l’intervention proposée au Carrefour culturel Arnaud-Bernard. Il s’agit de sensibiliser les participants à la correction phonétique, certainement pas de les initier aux procédures de remédiation (en une demi-journée ou journée entière cela relève de la gageure ou de l’imposture), encore moins de leur distribuer des fiches de correction des erreurs. Les fiches sont fort utiles mais une fois bien compris et assimilés les principes présidant à leur élaboration.

Le parcours initiatique du formateur ignorant tout de la phonétique appliquée à une L2 peut être conduit selon le schéma ci-après qui indique les thèmes à présenter et développer peu ou prou (en fonction des objectifs de l’intervenant). Les points abordés ne nécessitent aucune connaissance  particulière en phonétique, tel terme spécifique peut aisément être glosé. Le tout étant d’éviter toute « dramatisation » due à

  • un jargon de spécialité inutile pour le moment;
  • une présentation technique d’emblée avec moutl tableaux et figures et schémas.

Dans le diaporama que vous trouvez au bas de cet article, j’ai opté pour le plan suivant:

  1. pourquoi une prononciation défectueuse en L2
  2. les méthodes de correction phonétique en présence
  3. la correction phonétique: plusieurs niveaux intercorrélés
  4. enjeux et défis de la correction phonétique
  5. la correction phonétique requiert un savoir faire.

Il est possible de suivre plusieurs chemins de présentation. On peut aisément opter pour un autre plan. Une seule obligation:  le point 5 doit toujours être abordé en dernier. Et même simplement évoqué. Il fera l’objet d’un développement conséquent quand les participants souhaiteront acquérir une formation nécessitant de fait des connaissances théoriques alliées à un savoir-faire pratique. Et les futurs formés doivent en être pleinement conscients. La correction phonétique ne se fait pas « à l’instinct ».

Il est possible de croiser ces informations avec d’autres données que j’ai récemment présentées dans une vidéo du blog: La méthode verbo-tonale: genèse et principes fondateurs. Vous retrouvez les thèmes développés  dans la 2ème partie de ce document dans la figure ci-dessous (les n° indiquent l’ordre de présentation dans la vidéo).

Un diaporama pour présenter la problématique.

Ce diaporama se veut simple et souple. C’est au présentateur de le faire vivre par ses commentaires. La disposition par mots clés rassemblés autour d’un pivot (l’étoile par ex.) peut permettre de commencer par telle notion et de poursuivre par telle ou telle autre.

J’espère que ce diaporama suscitera votre intérêt et vous donnera envie, si vous êtes un néophyte en la matière, de vous plonger avec délices dans le tourbillon enchanteur de la correction phonétique.

4 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

  1. Anaïs Menguy

    Merci pour cet article qui va me permettre de mieux appréhender l’introduction à la MVT lors d’une demi-journée de formation de formateurs en phonétique corrective. Je me demandais justement s’il était pertinent d’aborder les aspects très techniques de cette méthode (tableaux etc…), voire de l’illustrer « en direct », lorsque l’on ne dispose que d’une demi-journée de formation… Sacré challenge!

    Publié le 23 janvier 2016 à 06:26
    • Michel Billières

      Pour une initiation à la problématique,il vaut mieux aborder des questions d’intérêt général suscitant la curiosité et donnant l’envie d’aller plus loin. Content de savoir que ce document vous a été utile. Et bonne formation. Foncez!

      Publié le 24 janvier 2016 à 10:12
  2. bonjour, je suis déjà abonnée et je lis en ligne tous ce que vous écrivez, que ce soit en phonétique ou en linguistique. j’en profite largement. le problème se pose avec la manière d’application de ces connaissance. c’est pour cette raison, j’aimerais bien avoir la chance d’être formée pour former des étudiants universitaires qui enseigneront plus tard le français dans les différents stades. Mes étudiants sont en 2ème année, donc, ils ont déjà appris l’API et je consacre le premier semestre à la phonologie ce qui veut dire qu’ils ont une idées sur la prosodie et tout les phénomènes de variations. je commence ce semestre la phonétique corrective, je leur expliquerai à quoi elle consiste et quelles sont les différentes méthodes utilisées pour corriger la prononciation bien sur sa relation avec la didactique des langues. en TD je compte leur laisser le choix d’un difficit de prononciation qu »ils ont eux mêmes en français et essayer de le corriger, malheureusement on n’a pas assez de moyen pour utiliser les procédés de la MVT et on est obligé de travailler la MA. à vrai dire je crois que moi mm je ne suis ne pas bien formée pour appliquer laMVT. je demande votre aide pour pouvoir protéger et préserver la bonne prononciation de cette langue.

    Publié le 4 février 2016 à 09:06
    • Michel Billières

      Bonjour, je vous remercie de votre confiance. L’aide que je puis vous apporter consiste en la présentation argumentée d’une méthode de correction phonétique fiable à condition d’en comprendre les fondements et les critères de fonctionnement. Ce que je m’efforce de faire via le blog. Et qu’il faut absolument rapprocher du matériau audio-visuel de la ressource pédagogique UOH qui met à disposition un nombre considérable de vidéos commentées pouvant être utilisées dans des pratiques d’auto-formation. Ce qui demande du temps et de la persévérance.

      Publié le 4 février 2016 à 18:03