Les affects dans l’apprentissage des langues

 Un colloque international et pluridisciplinaire « Emo-tissage/Emo-learning : Affects dans l’apprentissage des langues » se déroulera du 5 au 7 juillet 2017 à Louvain-la-Neuve (Belgique). Un appel à communications suscitant l’intérêt, des objectifs rejoignant les intérêts de nombreux acteurs du monde éducatif, des axes de travail prometteurs.

La cadre théorique du colloque.

Les recherches initiées par Damasio dans le domaine des neurosciences (1995, 1999) ont permis d’accorder aux émotions une place prépondérante dans les sciences, jusqu’à donner lieu à la création d’un nouveau domaine de recherche intitulé « les sciences affectives » (Sander, 2015). Longtemps interdits de séjour, les affects sont désormais réhabilités dans le champ scientifique et donnent lieu à des réflexions interdisciplinaires inattendues et enrichissantes pour les chercheurs qui osent sortir de leur zone de confort et se laissent interpeller par d’autres éclairages théoriques et pratiques. Didactique des langues, sciences de l’éducation, sciences du langage, psychologie, neurosciences, arts de la scène sont dès lors convoqués au colloque « Emo-tissage » pour franchir avec audace les frontières entre les disciplines.
Dans le domaine de la psychologie, les émotions peuvent être décrites de façon globale ou détaillée en fonction de l’approche choisie, catégorielle ou dimensionnelle (Botella, 2015). Selon l’objectif poursuivi, l’un ou l’autre outil sera privilégié.
Dans les sciences de l’éducation, les pédagogues s’interrogent sur le lien entre émotions et cognition et cherchent à découvrir si certains types de pédagogie, telle que la pédagogie du projet ou celle de la créativité, pourraient faciliter l’intégration des dimensions cognitives et émotionnelles dans le processus d’apprentissage (Berdal-Masuy & Botella, 2013 ; Puozzo Capron, 2015).
En linguistique, les chercheurs proposent une vision « non psychologique » de l’émotion et analysent le rôle joué par le langage dans la construction et dans la gestion de l’émotion, cette préconstruction de l’émotion par le lexique variant d’une langue à l’autre (Plantin, 2011, 2015). Ainsi, l’expression linguistique des émotions en français langue étrangère a-t-elle fait l’objet de recherches lexicales donnant lieu à des propositions didactiques concrètes (Cavalla, 2005, 2015). De même, dans le domaine grammatical, l’application de connaissances relatives à la linguistique cognitive se révèle très efficace pour présenter la grammaire de manière plus sensée et plus transparente (Suñer Muñoz, 2016).
Envisageant la langue comme un outil au service de la formation à la citoyenneté, la rhétorique propose des exercices, des pratiques et des techniques qui permettent d’apprendre à maîtriser ses émotions et à exercer son intelligence émotionnelle (Ferry & Sans, 2015). Mettant en perspective l’usage de la langue par les locuteurs dans une société donnée, des sociolinguistes s’intéressent, quant à eux, à l’impact du contexte socio-politique sur l’acquisition de la langue de l’Autre (Baider & Cislaru, 2013 ; Mettewie, 2015).
Cet intérêt croissant de la recherche et de l’éducation envers les émotions dans l’apprentissage se manifeste par le développement, durant ces trois dernières années, du nombre de publications entièrement consacrées au lien entre affects et apprentissage des langues : L’émotion et l’apprentissage des langues (Puozzo Capron & Piccardo, 2013), L’intime et l’apprendre. La question des langues vivantes (Berchoud, 2013), Affect(s) (Décuré, 2014), Apprentissage, enseignement et affects (Baider, Cislaru & Coffey, 2015), Affects et acquisition des langues (Berdal-Masuy & Pairon, 2015).
Ainsi, dans le domaine plus spécifique de l’apprentissage des langues, des travaux ont été réalisés sur le rôle joué par les émotions chez des sujets plurilingues (Dewaele, 2010 ; Kramsch, 2009 ; Pavlenko, 2005) et sur la nécessité de susciter une distance réflexive par rapport à ce vécu à la fois étrange et étranger (Coffey, 2015). Désormais, l’étude sur les émotions n’est plus considérée comme séparable du domaine cognitif (Swain, 2013). Il devient donc nécessaire de réfléchir à des approches didactiques qui favorisent simultanément l’imbrication des variables cognitives et émotionnelles.
De façon plus transversale, Arnold (1999) étudie la régulation des affects en classe de langue à la fois chez l’apprenant, chez l’enseignant et lors de l’interaction entre les deux. Se pencher sur la (auto-)régulation émotionnelle induit également une méta-réflexion sur la façon dont le sujet vit l’expérience d’apprentissage, en questionnant aussi bien la dimension cognitive qu’émotionnelle (Oxford, 2015).
Enfin, l’aspect incarné de l’apprentissage, longtemps négligé dans une approche de type cérébral et linguistique, est réintégré grâce à une vision plus globale, plus holistique de l’enseignement/apprentissage des langues qui prend pleinement en compte la place du corps dans l’acquisition des langues (Aden et al., 2010).
De ce point de vue, les artistes de la scène proposent une approche « expérientielle » des émotions, basée sur le vécu corporel et vocal. Le travail des comédiens, danseurs, metteurs en scène et musiciens consiste à laisser émerger l’émotion, avant et au-delà des mots (Arragain, 2013). L’attention accordée à l’expérience sensible pré-langagière, lors de l’apprentissage, favorise l’accès à une dimension essentielle de l’émotion, l’émotion comme patrimoine commun à tous, en deçà des mots, quelles que soient les langues parlées (Pairon, 2015). Cette ouverture perceptive, via notamment l’attention accordée à la présence et à l’écoute, développe l’agency, capacité d’agir ou positionnement énonciatif personnel (Kramsch, 2008).

Les objectifs.

Ce colloque offre l’opportunité de réunir des chercheurs, des didacticiens, des enseignants et des praticiens d’horizons différents qui s’intéressent à la question des émotions dans l’apprentissage des langues. Il est, en outre, l’occasion de présenter des travaux de recherche en cours sur les émotions en langues et dans d’autres disciplines comme les neurosciences, la psychologie ou la pédagogie. De plus, il permet de présenter simultanément des outils et des méthodes spécifiques aux disciplines évoquées et de stimuler le dialogue interdisciplinaire.

Les axes.

Les participants sont invités à proposer des interventions qui interrogent la place et le rôle des affects dans l’enseignement/ apprentissage des langues selon les 4 axes suivants :

Le premier axe relève de la didactique des langues. Quels sont les principes didactiques et les pratiques de classe concrètes qui, d’une part, favorisent l’émergence d’attitudes et de représentations facilitant l’entrée dans une langue étrangère et, d’autre part, diminuent le niveau de stress ou d’anxiété à la source de blocages dans l’apprentissage linguistique ?

Le deuxième axe est celui des sciences de l’éducation. Quelles sont les approches pédagogiques capables de stimuler les émotions en soutien à l’enseignement / apprentissage (des langues) ?

Le troisième axe est celui des sciences du langage. En quoi l’étude de la langue comme code, comme discours ou comme objet social permet-elle de mieux comprendre la place des émotions dans l’apprentissage de la langue ?

Le quatrième axe est de l’ordre de la psychologie et/ou des neurosciences. Comment les résultats des recherches récentes sur les émotions contribuent-ils à une meilleure compréhension des processus d’enseignement-apprentissage ?

Le calendrier.

15 août 2016 : diffusion de l’appel à communication

15 décembre 2016 : date limite pour la soumission des résumés

15 février 2017 : envoi de la décision du Comité de lecture aux postulants

1er mars 2017 : date limite de réservation des chambres auprès  des hôtels réservés pour le colloque (voir informations pratiques)

15 avril 2017 : date limite d’inscription au colloque

5-7 juillet 2017 : déroulement du colloque

15 septembre 2017 : date limite pour le dépôt du texte final des communications pour la publication

Informations pratiques.

Toutes les infos concernant les divers formats des communications, l’emploi du temps des journées, les conditions d’inscription au colloque et autres sont disponibles sur le très joli site de la manifestation.

Bibliographie.

Aden, J. (2010). L’empathie, socle de la reliance en didactique des langues. Dans Joëlle Aden, Trevor Grimshaw, Hermine Penz (éds), Enseigner les langues-cultures à l’ère de la complexité : Approches interdisciplinaires pour un monde en reliance / Teaching Language and Culture in an Era of Complexity: Interdisciplinarity Approaches for an Interrelated World (p. 23-44). Bruxelles : Peter Lang.
Arragain, C. (2013). S’exprimer corps et âme dans l’acte artistique. Quel enseignement pour l’apprentissage des langues ? Notes de la visioconférence du 31 mai 2013 à l’occasion de la première rencontre du groupe de contact « Affects et apprentissage des langues » à Louvain-la-Neuve (Belgique).
Arnold, J. (1999). Affects in Language Learning. Cambridge : Cambridge University Press.
Baider, F., Cislaru, G. & Coffey, S. (2015). Apprentissage, enseignement et affects. Le langage et l’homme L.1.
Baider, F. & Cislaru, G. (2013). Cartographie des émotions. Paris : Presses de la Sorbonne nouvelle.
Berchoud, M., Rui, B. & Mallet, C. (2013). L’intime et l’apprendre. Berne : Peter Lang.
Berdal-Masuy, F. & Botella, M. (2014). La pédagogie par le projet favorise-t-elle l’apprentissage linguistique ? Mesure de l’impact émotionnel de ce type d’approche sur les apprenants. Lidil, 48, 57-76.
Berdal-Masuy, F. & Pairon, J. (2015). Affects et acquisition des langues. Le langage et l’homme L2.
Botella, M. (2015). Les émotions en psychologie. Définitions et descriptions. Le langage et l’homme L2, 9-22.
Cavalla, C. &  Rozier, E. (2005). Emotions-sentiments. Grenoble : Presses universitaires de Grenoble.
Cavalla, C. (2015). Quel lexique pour quelles émotions en classe de FLE ?  Le langage et l’homme L2,  115-128.
Coffey, S. (2015). Rendre le banal spécial à travers l’apprentissage des langues. Le langage et l’homme L1, 71-84.
Damasio, A. (1995). L’erreur de Descartes – La raison des émotions. Paris : Odile Jacob.
Damasio, A. (1999). Le sentiment même de soi : corps, émotions, conscience. Paris : Odile Jacob.
Décuré, N. (2014). Affect(s). EDL. Toulouse : Université de Toulouse.
Dewaele, J-M. (2010). Emotions in Multiple Languages. Basingstoke: Palgrave/Macmillan.
Kramsch, C. (2009). The multilingual subject. Oxford : Oxford Press University.
Mettewie, L. (2015). Apprendre la langue de « l’Autre » en Belgique: la dimension affective comme frein à l’apprentissage. Le Langage et l’Homme,  L2, 23-42.
Pavlenko, A. (2005). Emotions and multilingualism. Cambridge: Cambridge University Press.
Oxford, R. L. (2015). Emotion as the amplifier and the primary motive: Some theories of emotion with relevance to language learning. Studies in Second Language Learning and Teaching 5/3: 371-393.
Pairon, J. (2015). Présence, écoute et plurilinguisme. Vers une compétence translangagière. Le langage et l’homme L2, 163-180
Plantin, C. (2011). Les bonnes raisons des émotions. Principes et méthode pour l’étude du discours émotionné. Berne : Peter Lang.
Plantin, C. (2015). Paura, emozione, passione, sentimento : étude de la contagion émotionnelle d’après le Dizionario Combinatorio Italned. Le langage et l’homme L2, 43-58.
Puozzo Capron, I. (2015). Emotions et apprentissage dans une pédagogie de la créativité.  Le langage et l’homme L2, 95-114.
Puozzo Capron, I. & Piccardo, E. (2013). L’émotion et l’apprentissage des langues. Lidil, 48.
Sander, D. (2015). Le monde des émotions. Paris: Belin.
Suñer Muñoz. F. (2016). Comment les approches cognitives peuvent-elles aider à présenter la grammaire de façon plus motivante. Communication présentée lors de la 4e réunion du groupe de contact Affects et acquisition des langues le 2 juin 2016 à Louvain-la-Neuve.
Swain, M. (2013). The inseparability of cognition and emotion in second language learning. Cambridge:  Cambridge University Press.
Zarate, G., Levy, D. & Kramsch, C. (dir.). (2008). Précis du plurilinguisme et du pluriculturalisme. Paris : Éditions des archives contemporaines.

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